Par la suite, ça va se compliquer car la météo se dégrade.
Je mange une omelette au refuge de Pré Chaumette avec Patrick,
un coureur qui apparemment veut rester dans "mes jambes". Nous
partons pour les 3 cols: Valette, Gouiran et Vallonpierre
Catastrophe sur le col de Vallonpierre, nous affrontons la
grêle: c'est glissant, nous dégringolons rapidement pour aller
nous réfugier au refuge de Vallonpierre (pause thé). Nous
repartons, là, Patrick va mieux et s'en va devant.
Je mets mon "baladeur" sur la tête, musique à fond, mais la
descente sur la Chapelle en Valgaudemar est interminable,
j'arrive vers 22 h jeudi 28/07. Bien fatiguée, le moral est pas
mal, je sais pourtant que je n'aurai pas de Pacer (Florence est
blessée) , pas de panique tout se passera bien ! Pat est là, me
prend en charge un moment, ça fait du bien. Il attend Michèle
pour partir avec elle comme Pacer. Gros dodo pour moi, c'était
intense de minuit à 6 h du vendredi 29/07/2011. Il le fallait,
je repars avec un groupe de Suisse, mes muscles sont bien, les
pieds pas de souci, pas de douleur, c'est le bonheur! Passage au
col de Vaurze, il y a une mer de nuage, je suis sur un bateau
!!!!
Passage à Côte Belle, tout va bien, je continue jusqu'à
Valsenestre, je suis toujours aussi bien, je croise Michèle et
Pat, un sourire, des encouragements, cela fait du bien au moral.
Je gère la montée du col de la Muzelle, il y a du brouillard
mais pas de souci d'itinéraire, je n'aurai pas sorti le GPS du
sac de toute la course. Juste après le col, le brouillard se
dissipe et j'admire le vallon de la Muzelle, avec son beau lac
et refuge.
Toute la descente, je pense beaucoup à Serge, à Louise, aux
amis, tout en écoutant de la musique, les jambes dévalent la
descente longue et magnifique (cascades) jusqu'à Vénosc (il doit
être 21 h) La dernière montée, je n'y crois pas , je suis là, je
vais terminer mais je décide d'être à plusieurs pour nous aider
mutuellement. Nous attaquons donc cette montée en direction des
deux Alpes, il nous faudra du temps, on est fatigué. A
l'arrivée, mes amis sont là (Flo, Isa, Luc), merci à vous qui
m'avez poussée au Défi !!!!!!!!!!!!!!! Et merci aux
organisateurs et bénévoles.
CR Isa

Un défi, une course, des rencontres, des moments de
solitude, des joies, des douleurs…
Le TOE, c’est encore plus que ces quelques mots…
Après une saison de ski alpinisme longue et intense (7 mois de
course dans des conditions délicates), j’ai eu beaucoup de mal
à me mettre dans ce nouveau défi. En mai, alors que je quitte
à peine les skis, les amis sont déjà sur les trails pour
préparer notre RDV du mois de juillet. Pour ma part, pas
envie… j’ai besoin de récupérer. Je vais m’orienter vers le
vélo de route ; ça change dans la tête mais aussi au niveau
des jambes.
Début juin, il est temps de se remettre à courir : avec
Michèle et Patrice, les Bauges seront notre terrain
d’entraînement. Un petit we à la Chapelle en Valgaudemar
histoire de se familiariser avec les sentiers du parc des
Ecrins.
La préparation est lancée mais une mauvaise douleur au talon
me freine dans mes envies. Les médecins ne trouvent pas. Les
doutes s’installent quant à ma participation…
Je décide malgré tout d’aller prendre le départ. Le TOE est
plus qu’une course, c’est également un moment privilégié avec
mon pacer de mari… Mardi 26 juillet 2011, un briefing qui
m’interpelle… On m’annonce dans les favorites, je suis très
partagée car au fond de moi-même je sais que physiquement je
me sens super bien mais que cette douleur au talon risque de
me mener la vie dure… Mon pacer le sait bien, son commentaire
: « ils ne savent pas ».
De plus, on nous demande de nous dépasser : on participe à une
course unique et qu’il est hors de question de s’arrêter pour
de simples petits bobos. De retour à l’appartement, comme un
rituel depuis la PTL on se prépare avec Michèle sans manquer
aucun geste de l’une et l’autre… Les restes d’une course
d’équipe.
Mercredi 27 juillet 2011, c’est enfin le moment d’y aller.
J’ai mal au ventre. Je ne peux rien avaler, seul mon
milk-shake GO2 arrive à passer. Je suis impatiente de partir,
d’avoir des réponses à toutes les questions qui se bousculent
dans la tête. Je casse ma montre.
Tout le monde est sur la ligne de départ (Luc, Nico, Michèle,
Chantal et moi), nous nous motivons pour se retrouver tous les
5 à l’arrivée… Même si nous sommes de niveaux complètement
différents, j’ai toujours l’impression de courir en leur
présence…
Attention, Dan mon pacer n’a pas l’air de rigoler ; je n’ai
pas intérêt à me plaindre… mais surtout je dois arriver à la
chapelle cela ne fait aucun doute !
Départ…………………………………………………………………………………………….
150m et les 1ers ennuis commencent. Un coureur me prévient que
mon sac dégouline dans mon dos. Et m…. , c’est ma poche à eau.
Je m’arrête, revisse la base du tuyau en espérant que c’était
la cause. Je relève la tête, je suis dernière. Oups ! Dur ce
début, il reste 180 km…
Je repars, ce n’est pas le moment de gamberger. Beaucoup de
coureurs marchent déjà dans le 1er raidillon, je double à
bonne allure. Je reviens sur Chantal, pas le temps de raconter
mes déboires ; puis je rencontre Michèle qui veut me dépanner
avec un sac plastique mais je ne prends pas le temps de
ralentir je veux avancer et retrouver ma « place ». Un petit
coucou à Ruth qui a déjà pris son rythme de croisière.

Enfin, je reviens sur Martine et les filles de tête. Je
souffle un peu. On discute. Comme d’habitude, personne est là
pour le résultat tout le monde est là pour juste terminer…
Belle chute pour Martine lors de la descente du col de Cluy,
mais elle est en forme elle se rattrape et repart avec de bons
appuis. Elle est très motivée. La pluie devient forte. J’aime
les mauvaises conditions. Une petite pensée à Michèle et notre
dernière sortie sous des seaux d’eau.
Je fais très attention à me couvrir, ne pas me refroidir aux
ravitos. Je trouve que le rythme de montée pour un ultra est
assez élevé. Le talon se fait oublier ; Que du bonheur ! Mais
je me mets en mode sécu, je laisse un peu partir les filles,
j’ai peur de le payer après.
Descente du col d’Arsine, ce que je redoutais… la pose de
pieds devient très douloureuse, il est difficile de courir en
descente. Pendant ce temps, les pacers attendent comme ils le
peuvent…
J’arrive à Monêtier, les filles viennent de repartir.
65km et voilà, je suis face à la réalité… J’ai froid, je suis
démotivée, j’ai mal, mais autour de moi les bénévoles me
réconfortent, m’assistent en m’amenant un repas chaud et les
compagnons de route m’encouragent et me proposent de repartir
ensemble (merci Bruno pour ton timing : « bon, on repart dans
7mn ».) Je mets ma combi de ski alpi, certains me diront que
je vais avoir trop chaud, mais je suis frigorifiée, j’ai les
lèvres violettes et je tremble de partout. Avec Bruno, nous
repartons doucement et finalement je vais mettre un bon train
dans le col de l’Eychauda. Le moral revient mais dès que je
bascule dans la descente ; il faut se faire une raison soit
j’accepte la douleur soit j’abandonne.
Arrivée à Vallouise, ma décision est prise. J’abandonne mon
envie d’aller jouer avec les filles de tête mais je
N’ABANDONNE PAS la course. Mon défi maintenant est d’apprendre
à gérer la douleur. Je décide de dormir 2h. A mon réveil,
Bruno ne veut pas repartir tout de suite. Moi je suis décidée
alors peu importe. Je vois Ruth qui rentre dans la salle je
lui propose mon lit car c’est devenu une denrée rare. Je
repars seule, fière d’avoir résisté à l’abandon. Maintenant,
je suis décidée à en finir. Malgré des erreurs de parcours
dans Vallouise, je reste motivée. Je récupère 2 coureurs avec
qui je ferai la montée jusqu’au col de l’Aulp Martin (merci à
Georges pour son rythme régulier). Descente sur Pré Chaumette,
c’est à nouveau la galère ; moi qui aime tant dévaler en
descente, je suis frustrée.
Col de Valette, col de Gouiran pas de souci, les jambes sont
bonnes. A Gouiran, un groupe de randonneurs met de l’ambiance,
c’est super sympa mais avec un coureur on se fait piéger, on
se croit à Vallonpierre et on entame une descente directe dans
les rochers croyant trouver le refuge. On tentera même
d’appeler les autres coureurs qui montent sur notre droite
pour leur éviter une erreur !!!! Au bout d’un certain temps,
nous avons des doutes, les autres coureurs ne font pas
demi-tour et on ne voit toujours pas le refuge. On rencontre 2
randonneurs un peu perdus, on décide de faire un point carto
avec eux. Et M…. , on s’est magistralement planté. On repart
en direction de Vallonpierre, l’addition est lourde 3/4h de
perdu et 300m de dénivelé en + au compteur. Je connais bien la
descente, je sais qu’il va falloir serrer les dents…
J’essaye d’appeler Dan mais ça ne passe pas. Il doit
s’impatienter, je devais arriver milieu de journée mais c’est
loupé, ce sera fin d’après-midi. Au moment de remonter sur la
route après Xavier Blanc, je tombe sur Patrice en train de
faire un festin de framboises… Quel plaisir ! Il attend
Michèle, il me donne des nouvelles de Luc et Nico, tout se
passe bien pour eux. Il m’accompagne jusqu’à ce que l’orage
arrive. Il se met à l’abri, je continue sur la route… Beaucoup
de voitures circulent, c’est assez pénible. Enfin la Chapelle,
j’ai réussi mon pari de rejoindre mon pacer. Je vais prendre
le temps de récupérer : douche, soins podo, repas et repos de
2h. Quel plaisir de repartir avec Dan, il fait l’animateur sur
la portion pour rejoindre Villar-loubière. Les autres coureurs
apprécient. On oublie nos douleurs. Je prends des nouvelles de
la famille et rassure ma maman, et oui, elle est inquiète,
surtout depuis qu’elle est venue assister à l’arrivée de
certains ultras.
La montée à Vaurze se fera à un bon rythme. La configuration
du terrain (en cirque) donne une impression très spéciale, on
voit des frontales partout autour de nous. Heureusement, je
connais bien le sentier et donc la bonne direction à suivre.
Cela rendra service à nos compagnons de nuit. Raphaël, notre
ami espagnol depuis la PTL et Dan, THE PACER
Supers souvenirs du col de Vaurze, merci Dan pour les photos.
Après, je pense que ce fut la partie la plus dure physiquement
et mentalement de la course. Je vais mettre 4h à descendre
Vaurze. Mon pied me fait mal, je compense mais des douleurs
apparaissent dans l’autre pied. Je ne peux pas du tout courir,
je peux à peine marcher. Dan ne dit rien, il s’adapte à mon
rythme…

On arrive enfin au Désert, un ravito qui ne donne pas envie de
s’attarder : il fait froid près de la rivière et on ne peut
pas s’asseoir. Avec Dan, on videra l’assiette de jambon et le
bol de fromage.
Côte Belle se profile, je me sens de plus en plus faible.
C’est le lever du jour et je ressens beaucoup de fatigue. Je
m’arrête de plus en plus souvent, posée contre un rocher je
ferme les yeux, je suis debout mais j’ai l’impression de
dormir…

J’ouvre les yeux et me remets à marcher tout doucement. Alors
je me rappelle que j’ai pris mes petits flacons GO2 One for
five en cas de grosse fatigue. Quelques minutes après, les
yeux n’ont plus envie de se fermer. Petit à petit, je retrouve
un rythme de marche très correct. Le lever du jour est
magnifique, on a l’impression d’être seuls dans la montagne.
C’est un moment magique. Ces instants magiques m’ont redonné
de l’énergie. Je n’ai plus envie de dormir, je mange, avec Dan
on discute de tout et de rien… J’appréhende la descente. Mais
curieusement, j’arrive à légèrement trottiner. Je suis en
plein bras de fer avec ma douleur. Je ne cède pas.
On descend tranquillement sur Valsenestre, le cœur joyeux.
A cette dernière base vie, on prendra le temps de manger de se
faire soigner. C’est le matin, les bénévoles sont à nos petits
soins. On prendra le café avec eux avant de se lancer dans la
Muzelle. Raphaël repart, je ne le reverrai pas. Bravo pour
cette belle fin de course. Nos 3 compagnons de la Chapelle
prennent de l’avance. Je les ai prévenus, j’adore la montée de
la Muzelle.
Dès le départ, je sens que je vais me faire plaisir. Après
1/4h dans les pas de Dan, je décide de passer devant. J’aime
cette montée. Luc et Nico le savent bien. Je pense à eux.
C’est alors que je retrouve un vrai rythme de montée. Certains
coureurs en feront les frais. Les bénévoles en contre bas du
col m’avertissent qu’il reste 400m et que mon rythme est
peut-être trop rapide.
La montée à la Muzelle, je la connais bien et elle me convient
parfaitement. Je ne ralentis pas et monte dans les tours. Que
du bonheur !
J’attendrais Dan au col qui me propose de le lâcher pour
terminer à mon rythme. Mais il est hors de question que je
l’abandonne. De toute manière, la descente sur Venosc va vite
me calmer.

Petite pause au refuge de la Muzelle, cocas en terrasse, avant
de poursuivre cette interminable descente. Les pieds ne sont
qu’une douleur. J’ai besoin de faire des arrêts réguliers pour
me soulager les voûtes plantaires. Après le refuge, on
aperçoit les 2 alpes, il reste du chemin à parcourir…
On croise de plus en plus de randonneurs, la vallée se
rapproche. Arrivés sur la route, la chaleur nous rappelle que
c’est l’été. On avait oublié… Venosc, dernier ravito, on en
profite comme il se doit. Une bénévole nous dira gentiment que
les autres coureurs ne s’arrêtent pas aussi longtemps. Après
une orgie de pastèque, un bénévole décide de nous accompagner
jusqu’au départ du sentier, le balisage dans le village étant
régulièrement enlevé.
Comme dans la Muzelle, j’ai des supers jambes. Mon pacer
accuse le coup, il fait chaud. Je lui donne plusieurs fois à
boire. On ne doit pas craquer maintenant. Quelle bonne idée
d’arriver en montée… enfin pour mes pieds, c’est l’idéal. On
connait bien cette montée et son petit ressaut piège qui donne
l’impression d’être arrivé. Une fois passée l’arrivée du
téléphérique, j’ai le drôle de sentiment qui me partage entre
le plaisir de boucler ce tour et la fin d’une belle aventure…
On retrouvera rapidement Florence (notre PC course de tous nos
défis) qui nous guidera dans les 2 Alpes. Franchir la ligne
d’arrivée tous les deux, efface la fatigue, les douleurs… On
repart quand ???


CR Nico

2011 devait être l'année du gr20 non-stop mais ce fut le
tour des Écrins...
Distance similaire et dénivelé aussi mais le terrain doit
être plus roulant. Je m'inscris dans la foulée de T1000 qui
ne doute pas de sa réussite sur ce TOE. Personnellement, je
ne pense pas être en mesure de finir..Si je le compare à mon
UTMB 2009, c'est plus long de 15km et surtout plus raide de
2500m. J'ai monté la tête au vent en perdition à bout de
force et là, il faut enquiller un trail de 47km avec près de
4500m positif après avoir couru 133km et +7500m !!
Un premier séjour de reco en juin et surtout un stage
commando début juillet finit de me convaincre que je peux
aller au bout. La prépa fut excellente et j'arrive au départ
en pleine possession de mes moyens prêt à affronter des
conditions météo difficiles, normal, je suis au départ !!
L'inconnu reste l'alimentation après 70km. Départ prudent
autour de la 60 ème place, il faut courir jusqu'en fin
d'après midi sans puiser dans ses ressources. Je connais les
premiers cols, pas de quoi s'inquiéter et pourtant la pluie
s'invite ainsi que la boue. Arrivé à la Grave, ça rince
sérieux !! Il faut serrer les dents en espérant que ça va
s'arrêter. C'est la partie La Grave-Monêtier, pas reconnue
en juin-juillet, qui va me réserver une première surprise.
Je ne progresse pas vite et ne cours pas sur les longues
portions avant Monêtier. Pas de places vraiment perdues mais
ce terrain aurait dû m'être favorable et il n'en est rien.
Me serais-je transformé en T500 ? Car dans les montées je
suis bien. Je me perds 5 minutes au Monêtier, le long de la
route principale, alors que c'est tout en bas qu'il faut
aller !
Monêtier, la course prend une autre tournure car 72km ça
laisse des traces. Je suis très bien. Ravito pas trop lent,
mais du temps de perdu sur T1000 quand même. Je repars en
super condition et double plusieurs concurrents dans
l'Eychauda. La descente est plus laborieuse en revanche mais
je suis désormais sur les sentiers reconnus et sers de fil
d'Ariane pour 2 coureurs près à jardiner avant Vallouise, on
vient d'allumer les frontales.La salle du ravito est mal
organisée, les tables sont comme à la cantine. Impossible de
se mettre à l'aise. Je prends une chaise et la place en
plein milieu de la salle pour avoir de quoi bouger. Je mange
trop peu. La toubib est là et je lui expose mes déboires.
"Je vais vous donner quelque chose".

Ce médoc est plutôt contraire à mon éthique mais force est
de reconnaître qu'il est d'une efficacité redoutable. C'est
mon premier ultra avec appétit et cela laisse augurer de
belles choses car ça change pas mal de données. Je monte
vers l'Aup-Martin sans le savoir avec le 15ème du tor des
géants. On restera 3h ensemble avant de le voir s'arrêter
pris par un coup de barre aux deux-tiers de la montée. Pas
de place de perdue dans ce col et je rattrape Daniel Boébion
au sommet. On fait la descente à 4 mais cette descente est
dure pour moi. Mon genou droit me dérange et je ne mange pas
assez.
Pré-Chaumette enfin, sorti de nulle part. Je m'allonge 20
minutes puis m'alimente sans problème. Je repars dans les
talons d'Irina et Martine qui sont ensemble. Cette dernière
ne peut pas suivre dans Valette. On papote 1h avec Irina et
on reprend Boébion avant le sommet. Je ravitaille peu après
le sommet, je ne suis pas super et je laisse partir Daniel
et Irina. Je ne les reverrai plus.
Gouiran et Vallonpierre se passent dans la douleur, je suis
au ralenti et je plonge alors que le soleil se lève dans la
longue descente vers La Chapelle. Y parvenir, c'est déjà
133km de parcourus !!
Je suis vraiment lent, impossible de courir plus de 5
minutes sur la route pourtant en descente. J'aperçois
Patrice enfin, ça fait du bien. Erreur à la Chapelle, je ne
voulais pas dormir 2h mais je n'ai averti personne et du
coup à mon réveil, je ne sais combien de temps je me suis
arrêté.


Je pars manger sans problème et me voilà avec Tribondeau et
le comparse de l'Aup-Martin qui semble avoir retrouvé du
poil de la bête. On déconne sur la route et attaquons
Vaurze.
Je ne peux pas les suivre. Je monte pourtant sur un rythme
correct et double un concurrent et son pacer avant les
Souffles. L'orage éclate sur la traversée et c'est critique.
On est à 2000m, ça tonne et l'eau dégueule sur le chemin.
C'est limite pour passer les torrents !!
Enfin Vaurze !! Ca sent bon!! La descente est infernale,
bien pire que la montée. Le Désert enfin, mais il pleut. La
tente est pleine, 5 ou 6 gars, un abandonne, je ne peux pas
m'asseoir par manque de place, mange super et repars au bout
de 10min sous le regard médusé de tous les concurrents
décidés à rester plus longtemps. Mp3 on line et c'est parti
Côte-Belle. Un grand moment. Je creuse sur mes poursuivants
un écart considérable. En haut, on verra la Muzelle et
derrière...Valsenestre.
2 concurrents sont là dont Martine Volay qui a dû me passer
pendant le dodo de La Chapelle. Je ne reste pas trop et pars
à l'assaut de la Muzelle. Un concurrent encore de doublé
avant d'être déposé par le 32 ème qui s'était perdu et qui
me passe comme une balle !!
La fin de la Muzelle... un de mes pires souvenirs d'ultra.
INTERMINABLE!! Froid, vent et brouillard en prime. Je
bascule dans la douleur mais je suis sur mes terres ayant
fait 2 fois la Muzelle en Juillet. Heureusement car la
descente est compliquée. Je ne me perdrai pas et ça c'est le
top, car on est là dans une partie très compliquée, limite
dangereuse, balisage rare dans le brouillard. Un concurrent
passera au bouillon.
Le refuge et c'est parti pour la dernière descente. Je
m'arrête 5 minutes pour assister un concurrent en grande
difficulté qui ne peut quasiment plus descendre et qui a
besoin d'un antalgique. Il a dû mettre 4 heures pour arriver
en-bas. Que c'est long !! Je l'ai fait même si je mets 2
heures pour me ravitailler à Vénosc et monter au 2 Alpes.
Le père est là pour traverser la station, les nerfs lâchent,
c'est fini. Avec ce TOE, une étape a été franchie. 3
semaines après, le GR20 non-stop me trotte dans la
tête...Qu'est-ce-qui nous pousse comme ça vers ces efforts
sur-dimensionnés ?


CR Luc

Je l'aimais bien...
Il avait remplacé le précédent, mort au combat, lui
aussi... Il était parvenu, avec ses copains, sans
encombres jusqu'au 175 ième kilomètre du TOE. Un gros bloc
de la descente de la Muzelle en a décidé autrement. Sa
mort, par arrachement, a été soudaine, sans possibilité de
réanimation. Ses 9 copains n'ont manifesté aucun signe de
douleur, seuls 10 secondes de jurons à la capitaine
Haddock laissent conclure que ses principales amies
étaient les cordes vocales. Paix à mon ongle du deuxième
orteil du pied droit...
__________________________________________
Oh pétard ! Nous sommes à l'automne 2010 et je lis sur un
forum de course à pied que pour les 20 ans de la course
des Ecrins, l'association décide de faire un non-stop sur
le parcours de 180 km et 12 000 m+ !! D'abord limité à 100
coureurs, le nombre d'inscrits est porté à 300, ce qui
permet à Nico, Michèle, Isa, Chantal et ma pomme de nous
inscrire. J'avais fait l'édition par étapes en 1993 avec
l'organisation désastreuse de Laurent Smagghe, en 2011,
l'association qui s'occupe des courses est au point donc
banco !
Grosse préparation hivernale en càp dûe au manque de
neige, j'arrive avec 95 000 m de D+ et 125 h de càp et 2
courses à mon actif ( Ventoux et GR73), le TOE étant
l'objectif de l'année. Ce 27 juillet arrive vite, la météo
n'est pas bonne, tant pis... Les 5 protagonistes sont dans
l'aire de départ, les pacers (accompagnants à partir du
133 ième kilomètre) sont prêts aussi.
Le départ se fait lentement pour ma part, des pauses pipi
en veux-tu en voilà, des effeuillages de jambières, de
Falke, bref départ molo molo. Nico est quelques longueurs
devant, je discute avec Etienne Fert, Stéphane ( le 8 de
la Montagn'hard de 2010), l'entrée dans la course se fait
petit à petit. Je rejoins Nico au premier ravito ce qui,
allez savoir pourquoi, enclenche la pluie.
Discutage en règle jusqu'à la première descente de col
durant laquelle Nico disparaît à l'arrière. Pause pipi ?
Le second ravito à Besse sera vite passé, je mange de la
pastèque et zou, je continue...Grosse montée au col Nazié,
je double du monde mais arrivé sur le plateau d'Emparis,
je m'arrête un moment pour m'habiller et me fais passer.
Il fait presque froid, certains sont en simple tee shirt
alors que j'ai la veste respirante et les jambières ! Le
terrain est vraiment boueux, en descente il faut être très
vigilant pour éviter les gamelles. Le ravito de la
Terrasse est sous la douche, je refais le plein de
pastèque, de bananes et au moment ou je repars, Nico
arrive. Il pleut très fort, mais je suis assez bien
jusqu'au Monêtier, le col d'Arsine est long, nous sommes 4
ou 5 à monter à quelques minutes d'intervalle. Les lacs de
la Douche sont d'un bleu vif, j'ai le MP3 sur les
oreilles, l'entrée dans l'ultra est entamée, nous sommes
au kilomètre 55, tout va bien.
La première base vie de Monêtier est au kilomètre 65,
changement de chaussettes, de tee shirt, de seconde couche
trempés. Je m'alimente en salé et repars après 17 min
d'arrêt, je double pas mal de concurrents qui s'arrêtent
un peu plus. Je repars avec Daniel Boebion. Je le laisse
partir au gré d'une pause pour convenance personnelle, je
le rejoins à la fin de la forêt pour faire une hypo
mémorable, je n'avance plus trop, j'essaie de manger et de
boire. La descente me remettra d'aplomb et nous courons
avec Daniel jusqu'à Vallouise atteinte en 13 h 23.
L'arrivée de jour à Vallouise me satisfait, le temps de
progression est bon. Je demande un médoc pour les maux de
ventre au docteur de la course, je mange du salé, me
change comme au Monêtier avec des chaussures sèches en
plus. 26 min d'arrêt et zou, départ pour le clou du
spectacle...Il ne pleut plus, la frontale est de rigueur,
les étoiles brillent. C'est clairement maintenant l'Ultra
dans toute sa splendeur, des gars dorment, d'autres
baffrent, certains arrêtent...La montée à l'Aup Martin est
loooongue, je m'écoute deux émissions scientifiques de la
radio canadienne podcastées. Des gars sont à la dérive sur
la fin du col (petite musique qui va bien).Pointage par
les bénévoles à 2761 m et enquillage de la descente sur
Pré Chaumette. De nuit, cette descente n'est pas top quant
à son cheminement, je la connais bien mais le GPS sera de
sortie pour ne pas me tromper. Ravitaillement succint au
refuge, 2 gars dorment, je suis 17 ième en repartant. La
montée de la Valette est un gros morceau aussi, Gouiran et
Vallonpierre se font pas trop mal mais je n'ai plus rien à
manger, le prochain ravito est loin... En pleine nuit, les
morceaux qui vont bien s'enchaînent au bon endroit, moment
magique, les frissons me parcourent l'échine(1 2 3 ). Je
suis sur le fil du rasoir, d'un côté l'alimentation qui se
passe étrangement ( toujours faim) et de l'autre le
sommeil et pour tenir, la vitesse de progression. Quelques
mots avec le bénévole du col de Vallonpierre qui se les
gèle avant l'arrivée du soleil. Je m'arrête au refuge de
Vallonpierre pour acheter un Mars salvateur. Niveau
diététique, c'est nul mais purée que ça fait du bien.
Descente sur la Chapelle en Valgaudemar, longue, très
longue, très très longue...Mais à partir de la Chapelle,
il y aura Cédric mon fils aîné qui me servira de pacer (
soutien moral ). C'est un sacré challenge qu'Arnaud,
l'organisateur du TOE, nous a permis de faire car Cédric
n'a que 16 ans et il va devoir s'enfiler 47 km et 4700 m +
( 52 et 4800, en fait au GPS). J'arrive à la Chapelle à 9
h 15, m'arrête 42 min avec Dan, Patrice et Cédric, le
groupe de pacers qui n'en peut plus tellement il est
pressé d'en découdre. Je repars en trottinant vraiment
doucement car je suis cuit. Je mange beaucoup mais ai
toujours faim, le manque de sommeil commence à se faire
sentir.


Je fais un micro sommeil de 5 min sur le sentier près du
refuge des Souffles, Cédric est tout frais, il cavalcade
devant, je peine à suivre. Nous passerons le col de Vaurze
sous le beau temps. Grosse descente sur le Désert, micro
sommeil au ravito puis pluie pour la montée de Côte Belle,
ses 1000 m+ et ses pourcentages de folie. Les chèvres
mouillées nous regardent passer, je caresse un cabri.
Cédric fera une hypo à 20 min du sommet, je lui donne un
gel et l'attends un peu. Il se refera dans la descente sur
Valsenestre. Grosse pluie pour l'arrivée à la quatrième et
dernière base vie, je dors 10 min sur un lit et mange
lorsque la première féminine arrive. Nous repartons avant
elle mais Cédric n'est pas au top, il n'avance plus trop,
nous nous ferons doubler dans la partie finale. J'ai,
depuis quelques temps, des hallucinations, les gros
rochers, les souches lorsqu'ils entrent dans mon champ de
vision deviennent des animaux, des gens, avant de
redevenir ce qu'ils sont réellement. La frontale est de
sortie pile au col de la Muzelle pour la seconde nuit et
le grésil tombe, le vent souffle et nous n'y voyons rien.
Je sors le GPS qui nous met sur la bonne trace, pierriers,
névés, pierriers...J'apprendrai à l'arrivée qu'un gars
s'est trompé en même temps que nous et pour rejoindre nos
lumières, s'est jeté dans le torrent jusqu'à la taille !!!
Il est sain et sauf mais ce dû être limite...
La descente est très cassante, Cédric est explosé, je lui
demande de suivre mon rythme, de ne pas céder à l'arrêt.
Il serre les dents, s'accroche. Maintenant, les
hallucinations se font à partir du halo de la frontale,
c'est difficile à décrire mais je n'arrive plus à fixer le
faisceau de lumière, c'est la partie noire autour du
faisceau qui fixe mon attention. La vision périphérique
l'emporte sur la vision centrale ?
Il nous faut descendre au Bourg d'Arud qui doit être plus
bas que la mer Morte ! Je m'explose un ongle de pied dans
un caillou, c'est très douloureux. Arrivés à Venosc, la
première féminine est derrière car avec son groupe, elle
oriente mal au GPS alors que nous avons été meilleurs.
Nous rattrapons également les gars qui nous avaient passés
dans la montée de la Muzelle, ils sont explosés. On décide
avec Cédric de se ravitailler rapidement à Venosc pour
qu'ils ne nous redoublent pas. Qu'est-ce qu'on peut être
bête après 40 h de course ! Cédric fait maintenant le
train, au bout d'un quart d'heure nous voyons des
frontales, c'est la première féminine ! Mais elle est
entamée, elle ne reviendra pas et je passerai la ligne
d'arrivée à la 17 ième place en 41 h 36, Cédric aura
crapahuté 16 h 15, il est décalqué. Maxime, Florence et
Jean Pierre sont là pour nous attendre à 1 h 30 en pleine
nuit, ils feront les 2 derniers kilomètres avec nous.
Nous prenons notre veste finisher et allons nous alimenter
en descendant de notre nuage. J'aurai "dormi" 20 minutes
sur cette boucle et il va falloir récupérer.
Au GPS, il y a 185 km et 12 400 m+...Sur le terrain, il y
a des cols magiques, des cailloux et une grande
satisfaction d'avoir bouclé ce truc de fou avec Cédric
comme pacer. Un grand merci à ma femme pour le soutien et
les infos pendant la course, pour le chouchoutage d'après
course... Nico, Isa, Michèle et Chantal arriveront dans
l'ordre, du bonheur dans les yeux et des rêves plein la
tête...


CR Cédric

Le TOE en 3 jours...
le rôle d'un Pacer...
Mercredi matin départ !
Je suis mon coureur sur le premier kilomètre. Il trotte
bien... Je vais le laisser s'épuiser un peu avant de le
retrouver au 133ième kilomètre...
En faisant demi-tour, je croise Isa avec son sac et un
problème de poche à eau... Eh non, je ne peux rien pour
elle...
Retour à l'appart' ! Préparation du sac !
16 h départ avec la navette. On redescend des 2 Alpes
pour monter par la route de Laffrey (cool on capte «
rire et chanson » là-bas ;p )
Arrivée à la Chapelle
Avec Dan, qui était parti avec moi des 2 Alpes, on
retrouve Patrice qui nous attendait à la Chapelle (enfin
pas nous exactement, mais bon). On se pose rapidement la
question de savoir où manger ? … Question inutile …
Patrice a un ami … le proprio de l'hôtel restaurant à
l'entrée : Les Aupillous ! (Très bon repas)
Jeudi matin
Ayant écouté bêtement mon coureur, qui pensait mettre
entre 7 et 10 h pour faire Vallouise → la Chapelle, je
me lève à 6 h… Erreur il arrivera à 9 h du matin… je le
booste pour qu'il reparte vite et... en un peu moins de
40 minutes après son arrivée... enfin le départ.
Enfin la course !!!
On part en trottinant doucement. Au bout de quelques
minutes, je me retourne, il avait déjà pris 100 mètres…
52 km, ça va être long… Col de Vaurze… Assez long,
surtout avec une sieste avant le refuge des Souffles
(sur le sentier)… On se fait doubler… On ne les reverra
plus…
Cote Belle
Je me demandais pourquoi CE nom ? J'ai compris… Pas la
peine de refaire un tour. Début tranquille, fin… comment
dire… un peu moins… surtout les derniers virages ? Après
un sandwich au jambon cru, c'est reparti. Descente bien
glissante sur Valsenestre…
Muzelle
Montée sans commentaire… Je fais ce que je peux… On se
fait doubler en bas de la montée, ils passeront la
Muzelle avec plus de 20 minutes sur nous. Descente ! Je
retiens le ou les crét*** qui ont fait la trace GPS !!!
Un tout droit d'en haut jusqu'au refuge (ou pas loin
avant). Je retiens aussi ceux qui mettent des marches
d'escalier sur le sentier !
Venosc
Tiens ! Des coureurs… Mais on les connaît… Nos amis du
départ de la Muzelle. On les double. Et là Luc me dit :
« On fait du bluff (ravito rapide et montée à l'arrache)
» OK ça va être sympa !
2 Alpes
Montée à fond ! La première féminine est à moins de 5
minutes ! On s'arrête pas ! Luc me suit… C'est lui qui a
du mal :p . Arrivés au sommet on court avec Jean Pierre,
Maxime, Florence et on ne s'arrête pas ! Et enfin
l'arrivée ! Enfin ! Il est vendredi matin (1h4X) !!!
Voilà départ mercredi, arrivée vendredi soit 3 jours…
Travail Pacer fini !


CR Pierre André
L’Oisans, bien sûr que vous savez où c’est,
l’Oisans, en tout cas depuis que vous avez enlevé les
petites roues de votre vélo…
L’Alpe d’Huez, le Lautaret, les routes pour le
Galibier, le Glandon, la Croix de Fer, mais pas
seulement, c’est aussi le massif des Ecrins, et le GR
54 qui le ceinture. Une aubaine pour découvrir la
région, ce que nous avions fait en 2010 lors du Défi
de l’Oisans, course de 6 jours et 8 étapes.
A l’occasion des 20 ans de cette épreuve, est
organisée une édition unique, en une seule étape
non-stop. Un clic pour nous préinscrire en relais avec
mon épouse, aussitôt les remords, la frustration et le
sens des réalités me tourmentent : Tout coureur
normalement constitué ne peut refuser une telle
proposition : participer en solo. Petite persuasion
psychologique, genre pas de problème, c’est juste un
peu plus long que l’UTMB, avec une bricole de dénivelé
en plus, on va pas se laisser effrayer par 12000 m de
montée étalés sur 180 km et quelques cailloux,
d’ailleurs ça fait autant de descente que tu aime
bien… faut savoir parler aux femmes !
Même pas peur ! Après un début de saison basé sur du
plat, 24h et 100km, j’arrive aux 2 Alpes avec plus de
récupération que d’entrainement et un dénivelé à
rendre neurasthénique un Hollandais, mais heureux de
participer à ce que je ne vois pas comme l’objectif de
la saison, mais plutôt une belle aventure qui
s’annonce.
Départ sous un ciel couvert pour la première descente,
aussitôt suivie par une succession de bosses, -1400m
quand même-, descentes techniques et raidillons, qui
nous amènent à Besse en Oisans. Juste le temps de
mettre un visage sur certains pseudos, d’échanger
quelques mots, de me demander pourquoi les fabricants
de chaussures vendent de la technologie quasi spatiale
et ne sont pas capables de fournir des lacets qui ne
se défont pas…la pluie s’invite par intermittence dès
le col de Cluy. Un coureur m’annonce viser 70 heures,
je lui signale qu’à notre rythme, j’estime plutôt 40
h. Non, il n’aime pas courir la nuit et à planifié de
dormir dans les différentes bases vies. Rapide
ravitaillement, les lacets gras et raides du col Nazié
permettent de pointer les premiers écarts, avant de
relancer à travers le grand plateau d’Emparis, par une
sente boueuse et glissante, sans la vue promise sur la
Meije, perdue dans les nuages gris et un fin rideau de
pluie. La redescente sur le Chazelet confirme que les
grimpeurs n’apprécient guère les secteurs roulants,
peu de monde en vue. Ravitaillement toujours rapide
aux Terrasses, pour me laisser tomber en solitaire sur
la Grave par un large chemin raide de gros sable ou je
m’étonne de ne découvrir que peu des nécessaires
marques de freinage….
Tout ça pour attaquer en face les 250 m de montée bien
là, et trouver la compagnie d’un petit peloton qui se
forme le long de la rivière menant au Pas d’Anne
Falque. Je mène ce petit monde à un bon rythme
soutenu, dans ce secteur roulant qui me convient bien,
pas trop vite, mais sans trainer. Ce n’est pas le
moment de s’exploser en forçant l’allure, ni de trop
vouloir s’économiser sur un faux train : utopique
d’espérer récupérer le temps perdu sur la fin. Apres
100km, plus personne n’accélère suffisamment pour
compenser. Juste ne pas s’épuiser maintenant !
Passage à la marche pour gravir le verrou rocheux à
côté de la cascade, face aux randonneurs trempés.
Montée menée à bon train avec Frédéric, si bien qu’au
col d’Arsine, nous avons largué tous nos compagnons.
Malgré la pluie, je n’ai toujours pas mis ma veste,
mais le vent glacé montant de la vallée me décide
enfin. Faut dire que je n’avais pas le temps jusqu’à
maintenant, j’utilise un sac avec une sacoche ventrale
maintenue par trois sangles, donc un sacré boulot pour
s’harnacher… et je n’apprécie pas trop la sensation
d’étuve quand il ne fais pas trop froid. La dévalée
sur le chemin caillouteux est bien tracée, mais fort
raide et sinueuse, laissant juste le temps de plonger
le regard dans le bleu blanc du lac de la Douche. Ne
reste plus qu’à rejoindre la première des quatre bases
vie, celle de Mônetier en compagnie d’Eric et Marc,
bien meilleurs descendeurs que moi.
65°km, 8h50 de course, je me laisse déconcentrer par
le passage envieux près des bains thermaux, et tombe
dans le premier piège de cette course : les bénévoles
trop accueillants… D’habitude plutôt efficace et
rationnel aux ravitaillements, je me laisse tenter par
une assiette de pâtes et un potage apportés avec
sourires et gentillesse, ajoutés à ma boisson
chocolatée c’est légèrement roboratif ! Je prends
surtout le temps de soigner mes pieds : Pour protéger
des restes de cloques, j’avais placé un compeed en
plus de mes tapes habituels, mauvaise idée ! Avec
l’humidité tout vagabonde au fond de mes chaussettes.
Une nouvelle bande et je repars bien après mes
compagnons à l’attaque du col de l’Eychauda. Oh
surprise, en dixième position ! Je pensais vraiment
avoir plus de monde devant. Y’en a pas mal qui ont dû
trainer aux ravitaillements !
Mauvaise surprise ! Non seulement c’est raide et
détrempé dans la forêt, mais mon estomac proteste
contre ma gloutonnerie. Des remontées acides me gênent
à chaque gorgée, ça ne va pas être facile de
s’hydrater et je me traine avec lourdeur sur ce
monotrace étroit.
Bonne surprise ! En débouchant sur les pistes de ski
de Serre Chevalier, Eric et Marc sont juste devant,
peut-être bien que le chemin était aussi raide pour
eux…
Je les reprends avant de basculer dans la longue
descente, où, évidemment, Eric, le roi de la descente,
disparaît rapidement alors que je tente de m’accrocher
à Marc. 13km pour 1275m de dénivelé, c’est long et pas
très pentu sur chemin, sentiers et routes, mais au
moindre passage technique, pierrier ou éboulis, je
perds 20m sur mon compagnon, que je reprends pour
reperdre au prochain arrêt pipi. Les jambes lourdes,
je prends conscience que je manque un peu d’affûtage
pour mon rythme de course. Va falloir me refaire une
santé…!
Vallouise, 85 km, deuxième base vie. Déjà une
demi-journée de passé. Concentré, je refais
soigneusement les pleins, sans manger, prépare la
frontale, profite des toilettes. Eric croira m’avoir
causé deux minutes sans réponse de ma part. Pauvre
garçon ! il devait être bien fatigué… D’un commun
accord, Marc m’accompagne pour cette longue étape
nocturne. C’est plus sécurisant et surtout je sens
qu’il compte sur ma diligence pour négocier notre
passage dans les parcs à moutons avec d’éventuels
patous! Au parking d’Entre les Aygues, nous quittons
après moultes papotages de coureurs les 6 km de route
montant gentiment, pour nous engager plein sud et
pleine nuit vers le col le plus haut -2735m- du
parcours. Suite de petites bosses et de replats, le
début rend désespérant l’accès à la lampe qui clignote
au col. Elle reste toujours aussi haute, ou est-ce un
satellite ?… et quand on monte véritablement, c’est
sur une pente schisteuse, raide et en dévers. Lunaire
et magnifique de jour, hasardeuse dans le noir. Mieux
vaux ne pas oublier de tourner aux lacets!
De nuit, c’est noir !
Un coup de barre brutal m’assoit carrément dans le
dernier virage, souffle épais. Bouf ! Je récupère
trente secondes face à la pente, cherchant les rares
frontales et la limite invisible entre les crêtes et
le ciel tant la nuit est noire. Encore quelques pas
poussifs, un salut au bénévole chaudement emmitouflé
et je rejoins Marc moyennement en confiance au milieu
de la trace traversant de biais sur le Pas de la
Cavale. Il cherche du faisceau de sa lampe le bas de
la pente, je le « rassure » y’a pas de fond à cette
vallée!
900 m plus bas, une minuscule lueur situe le refuge du
Pré de la Chaumette, qu’il suffit de rejoindre pour
une petite sieste bienvenue. Il suffit de suivre
précisément le chemin afin d’éviter les sauts de
falaises. Pour trouver, le chemin il suffit de suivre
le balisage du GR. Pour trouver le balisage, il suffit
qu’il y en ait, car parc national des Ecrins oblige,
pas de flèches sprayées par l’organisation, mais guère
plus de marques rouges blanches officielles. Autre
solution, utiliser le GPS obligatoire. Ces engins, un
acheté pour mon épouse, l’autre emprunté -merci Peter-
m’auront déjà fait perdre assez de temps à
l’entrainement, à paramétrer, capter les satellites,
apprivoiser l’outil, me perdre à suivre des traces
connues… J’opte pour la mémoire des lieux et entraine
Marc «en visuel» sur les traces de moutons, tournant
autour des rochers, sautillant au dessus d’une
cascade, évitant les cailloux encombrant les nombreux
lacets. Connaitre le parcours n’est pas forcément un
avantage psychologique en cas de coup de pompe dans
une «petite» côte, par contre, c’est un plus
indéniable pour l’orientation. Pas de doute, pas de
stress, pas de perte de temps pour consulter le gps.
Comme prévu, nous nous ravitaillons, plein des
gourdes, et hop, au dodo sur les matelas disposés au
sol. Décidemment, cet exercice d’endormissement rapide
reste ma hantise, pas moyen de plonger dans un sommeil
réparateur, je me relève après 35 minutes vaseuses,
secoue mon compagnon et relance frileusement dans la
nuit. Pas longtemps ! En 100m je bascule deux fois
dans les éboulis, sans aligner trois pas en rythme !
Penaud, je demande à Marc de passer en tête, et me
cale derrière, hypnotisé par ses semelles dans le
faisceau de ma frontale. À chaque virage, j’ai
l’impression que les yeux tournent alors que le
cerveau continue en ligne droite… Malgré cela, je suis
étonné de buter plutôt rapidement 860m plus haut sur
une tente posée à cheval sur le col de la Valette. Au
fond de la tente, dans la pente, une couverture de
survie en boule fait semblant de dormir, une autre
couverture bredouille en grelotant « nr° de dossard ?
»… Je me sens soudain bien mieux à ma place…D’autan
que la suite est amusante : Pensez, une descente en
zig zag réguliers sur une trace noire, dans une pente
en schiste noir, dans la nuit noire. Super rigolo, et
je suis enfin réveillé. Un petit plateau caché entre
deux cols, 100m de remontée et descente en biais nous
lancent à l’assaut du col lunaire de Vallonpierre.
L’aube nous accueille lorsque nous débouchons face au
Sirac fraichement enneigé. Reste une grosse quinzaine
de km à redescendre pour rejoindre la Chapelle en
Valgaudemar, troisième et prochaine base vie. Rien ne
nous est épargné : Pente raide et schisteuse, pelouse
détrempée, lacets dans la caillasse, et surtout 6 km
de route où il faut dérouler une foulée passablement
fatiguée. Le temps de passer deux coureurs qui
clopinent, les 24h de course, de croiser quelques
accompagnants à la recherche de leur poulain et on
recommence le cérémonial –plein des gourdes-soins des
pieds-dodo.
Schbling boing, le container à verre disposé derrière
la tente dortoir est particulièrement efficace comme
diane, malheureusement réglé à peine dix minutes après
mon endormissement cette fois parfaitement réussi. Un
pacer –un accompagnateur et soutien moral autorisé- me
propose ses services. Il a appris l’abandon de son
coureur et cherche à se rendre utile pour quelqu’un
d’autre, mais je préfère intérioriser ma course, me
gérer seul ou en compagnie d’un autre coureur aussi
fatigué que moi. Marc étant déjà reparti, je trottine
en solitaire la longue route menant à Villard
Loubière, sans même songer à placer une petite pointe
de vitesse, content de tourner soudain plein nord dans
ce qui représente un retour quasi en ligne droite vers
l’arrivée. Droite mais pas plate…. Quoique je ne me
préoccupe guère des 5000 m de montée en 46 km restant
à parcourir. Je me contente de gérer en « flux tendu »
les quelques mètres qui me précèdent, un pas après
l’autre, dans l’instant présent, à l’écoute des mes
sensations. La distance ou le dénivelé ne sont
d’ailleurs pas les plus gros problèmes, mais plutôt la
gestion du sommeil en fonction des heures passées sur
les chemins. 30h ça va, 40 ça commence à devenir
pénible, plus impose quasiment le repos, ou le
rendement physique se dégrade tant qu’il ne compense
plus la perte de temps passé à dormir.
J’attaque d’un pas énergique, soutenu d’une bonne
poussée de bâtons, les 1600 m bien sévères du col de
Vaurze. Assis en dessous du refuge des Souffles, Marc
souffrant d’un genou à décidé d’abandonner au Désert,
je l’encourage en argumentant que ce hameau à 10 km
d’ici est tellement isolé qu’il ne faut pas compter
être évacué avant le repli des bénévoles, mais son
père est déjà en route pour affronter les 70 km
sinueux du cul de sac. Ce parcours à l’intérieur du
Parc National des Ecrins est de toute beauté, brut et
sauvage, voir limite pour les plus sensibles au
vertige, deux petites gorges aériennes et leur torrent
freinent un peu les ardeurs, et encore, je les
traverse durant les 10 minutes de soleil de la
journée, pour beaucoup, ce sera de nuit… Un grand
cirque de pierriers et de pentes herbeuses habité des
plus grosses marmottes que je n’ai jamais vu, et je
pose un pied sur le col, l’autre pied visuellement sur
le village du Désert, 1250m plus bas. Technique est un
terme qui convient parfaitement à la descente,
concentré est mon état, si bien que les traversées
vertigineuses, les sauts de cailloux dans les hautes
herbes, les lacets gravillonnés, les pierriers
vaguement tracés, tout est dévalé comme dans un rêve,
juste le temps de saluer les soudains nombreux
randonneurs à la peine dans la pente.
Le ravitaillement du Désert consiste à un simple abri
et deux chaises au frais près de la rivière. En
remarquant la sollicitude des bénévoles, je prends
soudain conscience de mon classement, ils n’ont pas
encore vu passer grand monde, une dizaine de
participants au plus, on n’est pas trop bousculés! La
montée de Côte Belle est parmi les plus courtes du
coin… à peine 1046m, mais alors, quelle montée…. Droit
dans le pentu ! Je me rapproche de Nicolas et de son
amie pacer, quand un formidable coup de barre me tombe
dessus. Mélange de fatigue physique, de manque de
sommeil, de ravitaillement bâclé à cause de la
concentration dans la descente, d’entrainement un peu
trop léger, d’hypoglycémie, je laisse passer Alexandre
que j’avais si aisément doublé dans le col précédent,
et imitant ainsi les chèvres posées sur un gros
rocher, je mâchonne mollement une barre énergétique.
De nouveau seul au monde, je relance tranquillement,
histoire d’arriver dans les lacets terreux à temps
pour un gros orage qui transforme le sentier en piste
de bob boueuse. Quelques mètres de crapahut
acrobatique, jambes écartées sur les rebords pour
trouver une zone moins glissante et je me retrouve un
virage plus bas, pieds plaqués contre les bâtons
plantés pour stabiliser la situation. Une plaisanterie
qui m’aurai fort amusé en d’autre temps, mais là, pas
trop ! Me reste plus qu’à couper directement en
direction de ce que j’espère être le col, marchant sur
les mottes molles, tirant sur les longues herbes,
soufflant dans la pente dégoulinante. Bien vu, une
tente fermée répond à mon appel. Un coup d’œil droit
derrière sur le col de la Vaurze, un autre droit
devant sur le col de la Muzelle, qui émergent des
nuages, j’attaque heureux cette descente facile avec
plein de relance. Passage somptueux sous d’immenses
aiguilles de schiste, quelques lacets, la végétation
et le sol changent… Finit la caillasse laminée et les
mousses rases, vive la terre et les fougères, ce qui
permet de me vautrer trois fois en 15m sans me salir,
enfin, pas plus ! Je suis bien assez mouillé et décide
de trainer des pieds en papy pépère et prudent.
Bizarre cette course, j’ai passé dans du velours une
descente que je redoutais, et galère sur le boulevard
tant attendu…
Un aller retour de deux km à Valsenestre permet de
croiser quelques concurrents. Ayant participé l’année
précédente à la course par étape, je connais la
majorité des bénévoles, qui étaient déjà là, parfois
comme coureur. C’est assez drôle et sympa de courir à
350 km de la maison et d’avoir l’impression d’être
régional de l’étape, ce qui m’a valu d’ailleurs un
usage nettement plus soutenu que prévu des bases vies,
près d’1h 40 au total, où on était particulièrement
bien accueillis. La fête d’arriver à un poste et de
trouver un grand sourire accompagné d’un «salut
comment tu vas » fraternel. Des bénévoles
particulièrement efficaces et stoïques, changeant de
poste au fur et à mesure de l’avancée de la course, ou
passant trois nuits sur un col étroit et venteux. Je
profite de faire percer des cloques qui n’ont pas trop
aimé les 160 km précédents de glissades et travers
humides. Prudent le podologue les protège avec une
bande de gaze stérile sous le tape, mauvaise idée, car
je sens le tout se déplacer rapidement, mais je ne
vais pas chipoter pour les vingt derniers km.
La pluie me reprends en même temps qu’un concurrent,
j’en reste surpris, pas l’habitude de me faire poser
pareillement à la marche dans une montée. Mon moral se
retrouve dans le même état que la peau des pieds :
tout flétri… J’ai l’impression de vraiment manquer de
tonus, et crains maintenant le retour en masse d’un
tas de sagouins qui viendraient m’empêcher de finir
cette course sans stress. Y’a plus de respect pour les
vieux, ma bonne dame ! Je regarde avec inquiétude où
Benjamin passe. On monte latéralement dans une zone
rocheuse où les contrôleurs ont disséminé leurs tentes
sur les rares semblant de rochers plats disponibles
avant d’attaquer le dernier mur, pas loin de la
verticale. Un chemin vient d’y être tracé, il manque
encore un peu de stabilité, mais reste plus facile que
l’escalade directe sur les arêtes schisteuses.
Les quelques lacets du col de la Muzelle, c’est aussi
sympa sous la pluie...
Ouf, encore 1330m de pris, et en face, les Deux Alpes,
l’arrivée ! Petit détail, y’a pas de pont pour éviter
les 1740m de descente. Un semblant de chemin mène à un
névé, que je parcours au maximum, c’est plus rapide
que de sauter sur la caillasse, suffit d’éviter les
zones d’écoulement. Derrière, quelques bouts de traces
hasardeuses, pas vraiment évidentes, un choix de
cailloux aléatoire pour traverser la rivière, la rive
du lac de la Muzelle et son refuge. En fait le site
emblématique qui trône sur tous les prospectus de
tourisme, mais pas un panneau indicateur ni même un
cheminement correct… et quand il y a un chemin, il est
traversé d’énormes marches à sauter…
Gauche, gauche, gauche… Plié en deux, je suis accaparé
par une mission importante: je balise assidument de
mon pied gauche les cailloux sur lesquels les coureurs
suivant doivent poser le pied ! Y’a du boulot,
j’espère qu’ils sont attentifs. Une pause pour sortir
ma lampe frontale dissipe cette hallucination, houlà,
2 km que je n’ai pas vraiment vu passer ! Un coup
d’œil derrière moi pour vérifier la concurrence,
aucune lumière dans cette vallée profonde sans
pollution lumineuse, c’est tout bon, je peux continuer
à trottiner le long des cascades bouillonnantes , sauf
sur le pavage de cailloux glissants et ronds qui
annonce l’imminence de Bourg d’Arud. Casse gueule le
secteur ! Personne dans la rue. La soirée fraiche et
humide étant peu propice aux ballades touristiques, je
continue la mienne au petit trot jusqu’au
ravitaillement de la télécabine de Venosc. Plus que
700m de montée. Arrêt à l’entrée du village, je ne
trouve pas le balisage, pas l’envie de perdre du temps
à allumer le GPS, sortons le road book. Hum, la pluie
s’est infiltrée dans la chemise en plastique… pas
facile à lire, cette bouillie de papier! Malgré des
neurones qui doivent ressembler à du bircher, je
parviens à prendre la décision pointue de monter, bon
choix, je retrouve les flèches roses.
Milieu de la remontée sur les Deux Alpes, la brume
enveloppe les virages et j’ai un colis à transporter à
la station, je n'arrive pas à me rappeler à qui le
donner.
Qu’y a-t-il dans ce paquet ? J’aimerai bien qu’on me
dise à qui il est destiné, ça m’inquiète, franchement,
ils auraient bien pu l’envoyer par la poste, non, j'ai
une course sur le feu, moi...
Ah ben oui, c’est ça, le spot éclairant violement
l’arrivée de la benne m’éclaire sur ma situation : je
ne transporte rien, à part mes hallucinations, et j’ai
une course à finir. Dédoublement de conscience, que ça
s’appelle.
La traversée des Deux Alpes ne se passe pas comme
prévu, je pensais suivre la route principale, et les
flèches que je cherche frénétiquement en balayant le
sol de ma frontale m’envoie à l’extérieur, près du
golf. C’est pas possible ce qu’il est long ce km,
pourtant pas plus que par le centre. Diites Môôssieur,
vous faites un trek, làà ??? Non, un trail, une course
à pied, je cherche l’arrivée…
Aaah cool, vous en avez encore une taf, ça doit être
de la bonne…trois jeunes, casquette trop grande posée
sur le haut du crâne, assis sur une barrière dans la
nuit… Et je la trouve enfin, cette arrivée, dans le
calme et le froid, peu avant minuit. Parfaitement
satisfait mais un poil trop fatigué pour être
euphorique, 39 h 38 de crapahut, ça calme un peu!
Une 12° place pas évidente au vu de la forme du moment
et 1° vétéran 2, ça fait plaisir de prendre de l’âge…
Une goinfrée de sandwichs jambon-Brie et 5h de sommeil
sur un lit de camp au fond de la salle me remettent
d’aplomb. Une tartiflette au soleil sur la terrasse en
face de l’arrivée finit de me contenter. Les
concurrents continuent d’arriver, ma mission
dorénavant consiste à trouver une paire de tong pour
mon épouse et à l’accueillir à Bourg d’Arud. Elle
souffre d’ampoules aux petits doigts et à carrément
découpé ses chaussures…mais elle a aussi dormi
quelques heures à Vallouise et au refuge des Souffles,
fait une bonne part du tour en compagnie de diverses
connaissances et est en bonne forme. Nous remontons
donc aux Deux Alpes plus vite que ce que je l’avais
fais, cette fois à deux mais tout seul dans ma tête !
Elle me met la pression pour arriver en moins de 60h,
parfait, elle finit en 59h48, en 106 position. Avec
163 arrivants sur 242 participants, un 70%
exceptionnel de réussite, dans une ambiance
décontractée et digne d’une époque ou les course
n’étaient pas hyper cadrées, où les coureurs ont pu
user de liberté d’initiative et d’autonomie. Bref, un
immense plaisir, une grande satisfaction d’avoir
participé à une aventure particulière et unique, même
si j’étais assez loin de ma meilleure forme. Belle
course, beaux souvenirs.
Pierre-André