Un début de saison tardif, et sans préliminaire, sous la forme
du 49km du Nivollet Revard, où j’ai pataugé dans la glaise, puis
dans le bouchon des échelles, récoltant une tendinite au tendon
d’Achille, début de quelques ennuis aux pieds. Un sursaut
d’énergie vitale quand Patrice m’a doublé, ce qui m’a permis de
m’accrocher un peu dans les lacets de la descente, avant de
m’éteindre sur le plat, en ayant comme seul objectif survivant, la
douche !
La Montagn’hard a suivi, me propulsant à l’objectif 120km pour
10000m de positif, pas bien prête.
Il faut rappeler que depuis plusieurs années, la plupart des
courses nécessitent une inscription très en avance. Pourtant, les
inscriptions de celle-ci, se trouvaient encore ouvertes le
vendredi, veille du départ. J’avais vraiment envie de la faire, à
cause de ses sommets successifs à franchir, sans bousculade vu le
nombre d’inscrits, dans cet espace balisé mais pas trop quand
même. Le profil type anti stress car je trouve reposant de courir
à mon rythme, et inversement.
Le début du parcours empruntait les chemins PTL, super cool.
J’étais carrément en forme à l’attaque du Mont Joly, bien que
perturbée par un ciel menaçant. Arrivée à la bifurcation du 56km,
j’ai tourné un peu, hésitante, et demandé aux Chalets des
Marmottes si je pouvais m’arrêter le temps de l’orage, n’ayant pas
l’intention de me retrouver sous les éclairs sur cette arrête,
mais pas tout à fait disposée à la fuite avec abandon du dossard.
Tentative réussie, et se sont installés autour de la table
Chantal, quelques coureurs, Hervé le journaliste et Dan. L’étable
mitoyenne, nettoyée par Paul en prévision de l’orage, accueillant
tous les autres arrivants durant l’arrêt officiel de la course
jusqu’à stabilisation météo.
Après cette première interruption, de 1H50, qui constitue un 1er
bonus pour l’an prochain, j’ai fini par revenir dans la course
grâce à l’ atmosphère feutrée de la nuit tombante dans la forêt,
seule avec les bruits de la faune, puis rattrapée par deux gars,
juste le temps de se perdre un peu en direction de la Balme. Nous
discutions, abandonnés au pilotage automatique, et c’est le
confort inattendu de cette route « plate », qui a révélé l’erreur
et forcée le retour vers le départ du sentier caillouteux qui mène
au Col de la Fenêtre. Sur le sommet, un spectacle 3D attendait les
rares coureurs dont l’un vomissait par excès de dénivelée, sous le
ciel pur étoilé en dessus de lui. Tout autour, un cercle lumineux
d’orages lointains, faisait rougeoyer les nuages. Plus inquiétant
que beau, pour aborder l’Aiguille Croche.
J’avais auparavant décidé de dormir une heure au Signal, pour ne
plus me retrouver dans cette situation récurrente et pénible
d’avoir sommeil sans pouvoir m’assoupir ne serait-ce que quelques
instants.
Et sur la route déserte, j’ai aperçu Chantal, esseulée, tâtant la
roche obscure pour trouver son chemin, sur les une heure du matin.
Nous avons rallié ensemble la base de vie du Signal pour un
deuxième arrêt récupérateur mais sans projet horaire véritable,
sauf de partir avant le serre file, et une programmation « tirée
aux dés », pour un réveil à 5H du mat.
Quelques aller retour sur le bas de l’Aiguille croche avec ce
dernier, à la recherche de la bifurcation du 90/120km, lui,
voulant s’y poster et nous, trouver le bon trajet en vue d’une
tentative de fin du parcours du 120km, avec ascension sur l’arrête
ensoleillée, suivie de la dégringolade sur le Col du Mont Joly et
interception par le 4X4 des barrières horaires, chargé de récolter
les coureurs en retard.
Ils nous ont laissé le choix d’abandonner, ce qui aurait été
frustrant, ou de récupérer le parcours de repli vers St Nicolas de
Véroce, via le Mont Joly, en petit groupe pas pressé, pour une
arrivée honorable, où nous avons trouvé, Patrice venu nous
accueillir en vélo et qui repartira sous un troisième orage.
CR Nico
Course hors-norme qui a de quoi refroidir. T1000 compare ça à un
Calenzana-Verde avec la caillasse en moins mais des montées plus
longues type Mont Joly, col de la fenêtre ou encore Aiguille
Croche.
Ces trois sommets sont enchaînés sur une distance de 45,7 km avec
4172m positif alors qu'on a déjà fait la même chose entre le
départ et les Contamines...
Je décide de prendre un départ prudent, toutes les conditions sont
réunies pour réussir cette course. Pas de douleur, pas de fatigue
et un entraînement adapté. La nouveauté, c'est le régime
alimentaire inexistant la semaine précédent la course avec même
une pizza des plus crémeuse à 16h la veille de la course !
Les kilomètres s'enchaînent sans problème, il faut durer c'est
tout. Je suis quand même surpris de voir que T1000 navigue à 45
minutes à Bionassay. C'est beaucoup et je me dis que je ne me suis
pas trompé, cette course est taillée pour lui. Je me fais
reprendre en descente là où Lucho fait parler les quadriceps.
Arrivé aux Contamines, je suis super, plaisante avec les bombies
et me concentre sur le mur qui se dresse devant moi : le mont
Joly. Je sais que la course commence maintenant . Il est midi
environ et on est parti pour 11h d'enfer. 2535 mètres, montée
interminable très raide en bas et qui se termine par 2 crêtes type
droit dans la pente. Je peine à 500m du sommet mais ne me désunis
pas. La descente se passe bien et j'attrape l'orage à 10 minutes
du ravito de l'Etape. Même pas le temps de mettre le Goretex, la
pluie me fait du bien. L'organisation annonce course neutralisée.
J'ai tout mon temps et squatte un lit de camp. Je m'endors à
moitié en espérant que la faim revienne et c'est ce qui se
passera. 1 heure d'arrêt et je repars vraiment tout neuf, je n'en
reviens pas. On part à 8 et le seul qui me passera dans la montée
du col de la fenêtre sautera dans la deuxième nuit.
Arrivée au Signal où je retrouve trois coureurs attablés. Ils ont
l'air bien à part un qui a sommeil. Je leur dis qu'il faut passer
l'Aiguile Croche et qu'après ça sentira bon, ils ne partagent pas
mon point de vue. La deuxième nuit sera fatale pour 2 d 'entre eux
et le troisième a dormi trop longtemps au col de Basse-Combe.
J'ai vraiment du mal dans l'Aiguille Croche, j'avance plus. La
descente est très raide et le ravito ne vient pas. Je commence à
avoir du mal à m'alimenter. Au ravito, on m'annonce course
neutralisée à nouveau puis contre ordre 2 minutes après. Trop
tard, je pars au lit bien décidé à me reposer pour pouvoir me
réveiller et m'alimenter correctement. Après une heure 30, je
repars mais sans avoir pu avaler grand-chose. Les jambes sont
incroyablement bonnes mais plus de carburant. J'avance à
l'économie seul dans la nuit bien vigilant pour les balises.
Ravito de Basse-Combe, où je fais un gueuleton!! Café, fromage,
jambon, pâte et potage!!!!!!
Tout vomi 20 minutes plus tard.....Je ne sais plus avec quel
carburant j'avance, mais ça file pas mal et rattrape la 1 ère
féminine avec son poisson pilote. On arrive ensemble à Megève
après avoir repris un gars bien détruit dans Rochebrune.
J'avale une maigre soupe et m'arrête au bout de 15 minutes pour
manger mon fromage et jambon crû que je traîne depuis 28 heures.
C'est un coup de poker. Soit je restitue tout une fois de plus,
soit ça passe. C'est passé, je bascule sans trop de mal à l'épaule
du Joly en prenant 25 minutes à mes trois compères de Megève et
fais la descente avec des quadriceps en super état: 10 ème à
l'arrivée. Finir était l'objectif alors finir et à la 10 ème
place, c'est une satisfaction totale!! Je savoure.
Pas fini que déjà quelque-chose d'autre se profile. Un truc qui
mettra un terme définitif à tous ces ultras, un raid capable de
renvoyer tout le reste au rang de simple trail très difficile
parce que ce truc n'est pas très difficile, c'est tout simplement
l'UTM:Ultra Trail de la Mort. 162km et 13400 mètres positif. Vous
l'avez reconnu, le GR20. Je ne ferai aucun autre ultra en 2011.
CR Luc
Les données chiffrées de cette course m'avaient bien plu : 120
km et + 10 000 m. Exit les portions roulantes de l'UTMB, on se
concentre sur le coeur du problème : les montées et les descentes
!
Quelques mails plus tard et Chantal, Michèle, Dan et Nico étaient
inscrits. Pour Nico, le travail au corps fut rude, il ne voulait
pas le bougre. Soit-disant trop dur pour lui ! Mais bien sûr ! Il
a quand même envoyé son inscription dans un moment de lucidité.
Départ de course comme je les aime : 150 coureurs, simplicité et
sérieux.
3 h du matin, zou ! Tout le monde est laché. Avec les frontales,
on ne sait plus qui est qui, il me semble que Nico est derrière.
Je décide d'adopter une stratégie d'ultra, ne pas se mettre dans
le rouge, à aucun moment. Je monte au train, entre 15 et 17 m/min
en début de course et descend sans m'emporter pour préserver les
quadriceps.
Dès que les énervés sont calmés, c'est à dire dans la montée au
Prarion, je commence à doubler, 9 coureurs et une coureuse seront
mis derrière. J'ai atteint ma vitesse de croisière. Je m'alimente
du mieux que je peux, soupe au ravito, pâté croûte, bananes...
Je peine dans la montée derrière les Contamines, dans ce grand
couloir d'avalanche où on prend 900 m. Florence m'appelle et me
dit qu'elle se trouve dans cette descente, je la verrai vers le
bas avant le ravito des Contamines. A ce ravito, je prends le
temps de m'alimenter, je mange 2 bols de pâtes et bois du coca. Je
passe 10 minutes avant la grande montée au Joly, il ne faut pas
faire d'impasse sur l'alimentation. La montée au Joly sera dure,
je monte en 2 h 06 mais je ne suis pas dans le rouge. Superbe
panorama sur cette crête et il faut descendre sur l'Etape. La
pluie me rafraîchit, ça fait du bien mais les nuages sont de plus
en plus menaçants...
J'arrive à l'Etape et le coureur davant moi est bien cassé, je
m'arrête plus de 10 minutes et repars vers ND de la Gorge, le ciel
est très menaçant. A ND, il y a Florence et je lui dis mes
craintes vis à vis de l'orage, j'appelle Olivier Tribondeau,
l'organisateur. Il me dit de monter et d'attendre à Nant Borrant.
Pas le temps d'atteindre Nant Borrant, le déluge arrive, je
m'abrite dans une bergerie en ruine, la foudre tombe à 200 m. Le
10ième (Stéphane)me rejoint dans cette bergerie, on y restera 20
minutes. Le ciel se découvre et on repart. Les pieds commencent à
être mouillés...
Le col de la Fenêtre passe sans trop de mal et le ravito du Signal
fera du bien avec les pâtes et les bananes. Il fait soleil et
l'aiguille Croche nous attend. Je suis moins bien que Stéphane et
le laisse partir dans la montée. Le gars qui était devant nous
abandonne, je suis donc 9 ième ! Stéphane avait plus de 10 minutes
d'avance avant la crête de l'aiguille Croche mais il n'est pas au
mieux et je le rattrape dans la descente. Ravito succint et c'est
parti pour de la course dans l'eau ! Je vais me tremper
copieusement les pieds et les chaussettes imbibées vont se révéler
de terribles ennemies. La peau sous les pieds devient flétrie et
très sensible, cette situation va me faire mal voire très mal
pendant les 35 derniers kilomètres.
Mais, on n'est pas là pour se plaindre et je continue, le parcours
de nuit est difficilement compréhensible géographiquement, je suis
les balises sans trop réfléchir où je suis. Je m'explose un ongle
d'orteil dans la descente avant la montée au Bionnay, put... !
Je rentre dans le dur, seule l'envie de terminer est présente,
plus de plaisir, l'alimentation est subie, je n'ai plus envie de
rien. je me retourne souvent mais personne derrière, je suis donc
8 ième ! De Megève, la montée est encore bien rude mais une fois
l'épaule du Joly atteinte, c'est fini, 750 m de négatif à fond de
mes possibilités du moment, c'est à dire pas très rapide et c'est
la fin avec Florence et les petits qui courent avec moi.
Olivier m'anonce 7ième, le gars devant moi à basculé sur le 90 km,
trop crevé.
C'est inespéré comme place ! Nico arrive 3 h après à une super
10ième place, deux Desplanches dans les 10 premiers ! Michèle et
Chantal seront détournées sur le 90 km à cause des barrières
horaires mais sans la neutralisation de la course (perte de temps
de 1 h 30), elles passaient.
CR Dan
Un tout petit CR pour le tout petit 56km…
M’étant inscrit sur le 120km en janvier je ne pensais pas prendre
le départ avec 50km et 2300 de D+ d’entrainement. Je dois même
aller chez le toubib le vendredi matin. Plein de fraicheur,
d’envie et sans sur entrainement, je m’installe donc sur la ligne
de départ samedi à 3h du mat. La première et la deuxième montée
passe bien au niveau des jambes mais les intestins imposent
plusieurs arrêts. Je vois passer Chantal mais point de Michelle.
Depuis le départ ce que j’ingurgite ressort sans passer par la
case digestion. Du coup je prends un coup de bambou dans les 650m
de remontée au départ des contamines. N’ayant pas assez de
cuisses, je compense, et ma récurrente tendinite du fléchisseur du
pied apparait dans la descente. Au ravito des Contamines je décide
de faire le 56km voulant ainsi éviter une trop longue
convalescence pendant les vacances.
La montée au Joly est raide et la douleur confirme mon choix. En
sortant du bois, une bonne vingtaine de coureurs sont sur le
chemin menant à la Bergerie des Marmottes. L‘orage se déchaine et
c’est son et lumière pour tout le monde. Par sécurité la course
est neutralisée et je retrouve Chantal et Michelle autour d’un bol
de thé et d’un fromage maison. Accueil très chaleureux de la part
des proprios de cette bergerie. Je distribue tout mon ravito
embarqué que je n’ai pu manger. A 17h30 tout le monde repart, les
filles vers le haut, 120, moi vers le bas. Je descends assez bien
et rattrape un concurrent souffrant d’une tendinite. Je
l’accompagne jusqu’à l’arrivée en discutant. Même si on se fait
doubler plusieurs fois, aucune importance. Je me dis que, vu ma
préparation, finir sans trop de bobos n’est pas si mal. En tout
cas très belle course, très exigeante, des bénévoles sympas,… A
refaire avec Isa et plus de préparation !
Je suis vraiment contente de cette course. Très dure avec ses
9000 D et très sympa.
En mal d'une belle grande course accessible avec les capacités
du moment, un peu vacillantes, j'avais tilté au printemps sur la
Montagn'hard comme une évidence.
D'abord parce que je connaissais le parcours dans ses grandes
lignes, un avantage pour couvrir la distance et d'autre part une
volonté de finir en gérant des barrières que j'ai jugées dans
mes cordes. J'ai pris 3 demi litres de poudre énergétique
Effinov jusqu' aux Contamines et quelques gorgées de bière
délicieuse offerte par « Bagnard », à Tré la tetê…(Clin d’œil au
Toe, aisément reconnaissable), entre les ravitos bien garnis
servis par des bénévoles généreux.
J'adore être sur la Course, car il y a beaucoup de bons moments,
de rencontres, de paysages magnifiques. L'organisation était
vraiment au Top. Cependant l'arrivée, c'est quelque chose
d'exceptionnel, et ne pas finir, ce n'est vraiment pas pareil,
que de passer la ligne. Je ne l'avais pas finie en 2010, à cause
d'une démotivation due aux orages et J'avais quelques autres
chantiers pas terminés, comme le ratage du Grand Cruet 2011, que
j'ai arrêté aux Aillons, dû à un manque de progression dans le
choix des courses, suite à une élongation à l'ischio durant
l'hiver.
Le TOE étant l'objectif 2011, a été parfaitement réussi, mais
trop de courses derrière ont entamé mon physique, TGC,
Gapencîmes, et j'ai abandonné aux Hospitaliers, épuisée à qqs km
de l'arrivée. Au Maratour de Chartreuse, c'était le mental qui a
fait défaut. Aucune motivation, pas d'étude sérieuse du
parcours, et une crainte de l'orage annoncé sur Chamechaude pour
mon heure de passage, m'ont fait mollement rater la barrière de
12mn.
Par contre le sac était au Top et les grimpées de Grandsom et
Charmantsom un bel entraînement. Du coup, pas question de ne pas
finir cette fois ci. Les mauvaises habitudes se prenant très
vite, j'ai dû faire fort, pour repartir de la Commanderie. Avec
mon pacer, nous venions de prendre une douche froide ventée et
nous étions trempés jusqu'aux os et la douleur de son genou
s'est réveillée au froid humide. Je n'avais pas l'intention de
me faire doubler par l'orage ce coup là, mais j'ai fait une
erreur en ne voulant pas croire à la pluie qui était pourtant
annoncée. Un sur pantalon aurait amélioré les choses pour
Patrice. Ils sont restés dans le sac aux Tappes. Il restait le
Col de Véry, sous l'aiguille Croche et le Mont Joly suivi de
1500m de descente, heureusement la pluie s'est calmée.
Durant le parcours il y a des passages typiques et montagn'hard.
Des coupes, droit dans les pentes d'herbes, un éboulis où il
faut donner la main aux rhododendrons, la descente dans les
rochers des enclaves en nocturne, la traversée boueuse foulée
par les vaches et en dévers pour arriver au Monument, le passage
ludique dans les rocailles ouest du Joly et plein d'autres
festivités. J'ai fait 3eme au scratch, çà ne se voit pas car je
suis sous la douche...il paraît que c'était utile!
La Montagn'hard 2013 est mon second objectif de l'année
après le GR73 et avant l'Echappée Belle dans Belledonne. Le
menu est toujours aussi impressionnant et sera partagé par 235
coureurs. Organisation impeccable, une navette vient nous
chercher à 3 h 45 au camping des Contamines près de ND de la
Gorge, cela évitera de garer la voiture au départ. Préparatifs
terminés, l'attente du départ se fera dans les premières
lignes. 200 mètres de goudron puis c'est parti pour du D+, D-,
D+...
Je trouve que ça part vite, mais alors que dire en descente,
des coureurs à fond comme sur un trail de 20 km. Bref, je suis
très surpris. Pas longtemps en fait, dès les deux montées
suivantes, tous les excités explosent.
Je passe dans les 30 au premier ravito puis jusqu'aux
Contamines, le début des défaillances dues à la chaleur. Je
mouille la casquette et les jambes à chaque torrent, chaque
fontaine et aux Contamines, je fais de même à la fontaine près
du ravito. Je repars en 28 ième position de mémoire. La montée
du Joly va en faire sauter un paquet puisque je me retrouve 22
ou 23 à l'Etape. Je rejoins Cédric qui va faire pacer à ND de
la Gorge. Beau train jusqu'au col de la Fenêtre où on reprend
2 coureurs, je rentre dans les 20.
Splendide coucher de soleil en montant au rocher des enclaves,
on arrive 18 au barrage. Cédric n'est pas au mieux dans la
montée au Monument, il boira un café et c'est parti pour la
Croche et l'arête jusqu'au Joly. On passe 17. Descente rapide
pour ne pas se faire reprendre et je termine à 30 secondes du
16 qui avait un paquet d'avance pourtant.
Fini en 22 h 18.
39 % de finishers... Belle course, temps splendide, belle
place, bonne gestion de course je pense...
On apprend à chaque ultra !
La leçon de celui-ci, c’est : comment s’enrouler dans sa
couverture de survie en milieu hostile et détrempé afin de
faire un micro sommeil réparateur ?
C’est ce qu’il m’a fallu expérimenter pendant la deuxième nuit
de cette Montagn’hard 2018.
J’avais participé à la première édition et nous voici à la
dixième, belle preuve de longévité tout de même pour nos
organismes déjà quinquagénaires L’année 2018 doit être
consacrée en priorité au trail car la vitesse s’émousse et la
puissance aussi donc il ne nous reste que peu d’années pour
ferrailler avec les jeunes pousses. La forme est là, je le
sens et elle ne m’a pas quitté depuis début mai ce qui est
très surprenant. Je me surprends à rêver d’une grosse perf
comme au GR 73 mais je sais que le terrain n’est pas pour moi,
il ne m’a jamais réussi.
Objectif 1 : finir
Objectif 2: Monter sur la boîte avec Lucho.
Départ minuit, avec Lucho, on se prépare et libère les lits
pour ces dames,puis nous rejoignons le départ. On y voit
toujours autant de concurrents peu expérimentés et en un
regard on devine les problèmes qui ne sont que des détails
mais qui seront fatals.
Départ très prudent et déjà un hors d’oeuvre de +900m qui
passe sans trace. Je ne rentre pas dans la course et les
pensées parasites sont là, je m’y attendais et patiente.
Premier ravito, pas de Desplanches de Moûtiers, ça file, je ne
m’attarde pas et déjà une féminine qui abandonne. Quatre
d’entre elles finiront sur les 10 engagées,bravo à elles.
Je reprends Cédric vers le vingtième kilomètre avant son
roupillon et progresse bien sans douleur si ce n’est ce petit
point de contracture au mollet gauche que je ressens depuis la
dernière sortie de jeudi. Un échauffement au talon droit et un
bâton qui brinquebale pas de quoi fouetter un âne. Bionnassay,
everything okay. Je discute avec un jeune relayeur qui se
prépare pour 18km et qui ne comprend pas comment on peut faire
de telles distances. Je ne comprends pas plus…
Crac, le bâton se pète, on va poursuivre en mode papy avec une
canne. Je double sans forcer des concurrents qui manquent de
préparation. On en est à 55km et pas possible de tricher. Col
du Tricot et ravito sauvage avec Mary puis échange de bâtons.
A l’utmb, t’es hors-course pour ça !
Allezzzzz , encore un arrêt pipi, le cinquième, faut dire que
je me force à boire depuis le départ. Descente ultra technique
de Trè-la-tête et arrivée au Pontet où je recharge comme
jamais. Je prends mon temps car derrière, c’est le monstre. Le
Joly avec ses 1500m+
Beaucoup de concurrents ont abandonné au Pontet car quand on
lève la tête et qu’on l’aperçoit, c’est impressionnant, comme
un Ventoux sauf que la montée se fait sur 10km. Je double et
digère,c’est vraiment trop cool. Lorque je passe la première
rampe sous le Joly, c’est la stupeur, je découvre qu’il y en a
une deuxième après un passage dans l’herbe en crête. Mince, je
n’ai pas assez rechargé pour basculer proprement, suis dans le
dur.
Froid au sommet et descente ultra longue. J’arrive à les
Tappes entamé, mais comme tout le monde. Je m’allonge, le bide
en vrac. J’hésite à abandonner car il reste un marathon de
nuit !!
Je mange un peu de pâtes et repars avec trois fois rien dans
le ventre. Je suis 18ème au Bolchu, ça abandonne de tous les
côtés et on s’achemine vers une édition dantesque. Je retourne
m’allonger pour essayer de manger un peu après. Deux soupes et
je repars dans l’inconnu. Ce tronçon, je ne le connais
absolument pas. Des butes herbeuses détrempées à perte de vue
avec le sentiment de tourner le dos à l’arrivée. Même le matos
a du mal puisque ma montre atteint la limite de son autonomie,
31h, et l’accu de la frontale doit être changé. Je suis au
ralenti mais les autres ne sont pas au mieux.
L’épisode de la couverture de survie a eu lieu sur ce tronçon,
à trois reprises. La troisième fois, je suis reparti dans le
mauvais sens sur 300m seulement avant de croiser deux
concurrents hagards qui m’ont remis dans le droit chemin. Je
les ai littéralement déposé alors que j’avançais sans force…
C’est bon ça !
Me voici au barrage, le jour s’est levé sur cette deuxième
nuit terriblement longue. Il reste 17 km, ça va le faire mais
je retourne m’allonger avec consigne de me réveiller dans 15
minutes. Je recharge un peu et repars sur un bon rythme. La
suite, je connais.
Col du Joly, Aiguille Croche qui se passe pas trop mal puis la
crête où je retrouve ce mont Joly, toujours aussi
impressionnant. Il reste trois coups de cul mais je suis à
bout et me fais doubler depuis le col du Joly, 4 places. Enfin
le sommet, la descente finale avec ses 1340m négatifs est
l’occasion de doubler un concurrent en perdition, dessous des
pieds à vif et une cuisse explosé, il descend en crabe.
Puis c’est la délivrance avec Mary qui est venue à ma
rencontre. Il fait très chaud sur le coup des midis.
36h 22 minutes, 23 ème et troisième master 2.
47 finishers sur 211, une boucherie, des passages hyper
techniques comme cet ébouli actif à 45 degrés au kilomètre 110
et des pentes terribles sur 139 km et 11200m, une échappée
belle en définitive. Il va falloir soigner la récup, se faire
plaisir et ne pas faire n’importe quoi pour bien préparer la
TDS de fin août.
Un très grand bravo à Lucho que je n’aurai aperçu que quelques
minutes au départ et qui finit à l’incroyable sixième place à
50 ans, c’est monstrueux. Il les aime ces terrains
destructeurs, il s’en nourrit même.
CR Luc
Course
avec Strava (GPS)
Après un GR73 qui s'est mal passé à cause de problèmes
digestifs, il fallait que je sois plus attentif à mes
intestins. Je reprends donc le même plan que pour l'Echappée
Belle 2014, je mets de l'huile essentielle de Basilic dans mes
flasques.
Vendredi 16 h 30, fin de l'école, je saute dans la voiture
avec Florence et direction Saint Nicolas. Nous allons au resto
avec Nico, Marylène et Michèle puis, c'est dodo prendant 2 h.
J'arrive bien à dormir, c'est tout bon pour la suite.
Très vite, nous nous retrouvons sur la ligne de départ avec
Nico et Cédric. C'est décidé, je vais partir doucement. De
toute manière, je n'ai pas le choix vu le parcours.
Départ avec Cédric et Nico, nous naviguons vers les 60
premiers. Certains vont vraiment vite, sont-ils au courant ?
J'arrive au premier ravito avec Cédric, il semble bien. Je
regarde si Nico rentre, personne, je file...
Les premiers "rigolos" qui sont partis comme pour un 20 km
commencent à flancher. Je double un peu.
J'aime bien la montée au Prarion, c'est beau, il fait frais,
je double. A Bionnassay, les écarts se creusent, je suis seul
avec la musique. La descente du côté des Houches nous
permettra de monter à Bellevue, c'est inhabituel. Puis nous
retrouvons le parcours avec la passerelle et ses japonais puis
le col du Tricot.
Je me dis très souvent de ne pas me mettre dans le rouge, de
lisser mes efforts pour éviter les coups de mou.
Au Tricot, il y a Florence et Marylène, je ne m'arrête presque
pas et file vers Miage. 5 minutes d'arrêt pour ravitailler et
c'est reparti. Je ne suis pas très bien, il fait chaud. La
remontée au chalet du Truc sera dure. Je n'avance pas trop...
Cela durera jusqu'au pied de la combe d'Armencette. Pas top la
vitesse de progression, je subis.
Puis, grâce aux torrents franchis, je m'asperge le visage, les
jambes, trempe le chapeau et la température baisse. Je
reprends des forces, je m'accroche aux coureurs et coureuses
du 60 et finis par les doubler. Avant Trè la tête, je double
la première féminine qui semble avoir mal au genou.
La descente sur ND de la Gorge est sympa sur le sec. Je cours
sur le plat jusqu'au Pontet, base de vie.
Là, c'est un mouroir.
Des gars qui mettent les pieds dans des bassines d'eau froide,
d'autres qui dorment, d'autres qui trouvent des alibis au
téléphone pour abandonner...
Je m'arrête un quart d'heure et je repars. On me dit que je
suis 25 ième. Juste une info, je suis dans ma bulle et la
place ne m'importe peu pour le moment, il faut fiiiiiiniiiir.
La montée au Joly se fera dans un bien meilleur état que
l'année dernière. Je suis bien mieux, pas de vomi, pas d'hypo.
Je fais une bonne montée. Il fait frais, nous sommes dans un
nuage, c'est bien.
Longue est la descente sur les Tappes mais lentement, j'y
arrive. Je n'ai doublé qu'un concurrent et je suis 14 ième.
Les gars du Pontet ne sont pas repartis tout de suite.
Florence sera à ND de la Gorge, je ne reste pas trop longtemps
aux Tappes car c'est de nouveau un mouroir, des pieds éclatés,
des ampoules bref, il faut partir.
A ND, je me fais poser un pansement dans le bas du dos pour
les frottements du sac à dos et je file vers le col de la
Fenêtre. Un débalisage avant Nant Borrant me fera me tromper
5/10 minutes.
Je ne vois plus personne, je sors la frontale après les
maisons, à mi-montée. Je ne vois personne devant et la
frontale de derrière est à 10 minutes. Des chamois s'enfuient
dans le noir dans les pierriers sommitaux. Peu avant, un
renard avait été surpris.
Le Bolchu se profile, accueilli en chanson par les bénévoles
au top, je ravitaille et file pour un véritable cauchemar : le
tour du rocher des Enclaves.
Peu de sentier et de l'herbe trempée, un parcours
difficilement compréhensible, on tourne, retourne,
contourne...
Il faut avancer mais je peste. Je double 2 concurrents un peu
à l'agonie.
L'envie de dormir survient, j'ai beaucoup de mal à garder les
yeux ouverts, je me force à ne pas m'allonger au bord du
sentier. J'ai envie de le faire mais je sais que ce sera sans
fin. Je me dis que c'est le moment de demander du café au
prochain ravito. Cela fait 35 ans que je n'en ai plus bu...
A la Girotte, on m'annonce 6ième, je demande du café, prêt à
m'endormir. 10 secondes après avoir avalé ma tasse, c'est
l'électrochoc, la vigilance revient immédiatement. Je repars
rapidement et les muscles répondent très bien. Je cours
rapidement cette descente et monte bien vers le Monument.
Je ne m'arrête pas longtemps à ce ravito et file vers la fin
du parcours magnifique. J'ai 2 frontales derrière moi, à 15
minutes à peu près.
Je vais tout faire pour qu'elles ne reviennent pas sur moi. Je
quitte la frontale à la mi-Croche et après des photos au Joly,
j'enquille la descente.
Je descends presqu'au maximum de mes possibilités du moment
car je ne voudrais pas perdre cette super place. Personne ne
me doublera et je franchis la ligne en 31 h 15. Très heureux
de ma course à l'économie, les principaux gains de places se
sont faits aux ravitaillements. Je vais dormir dans la voiture
de Michèle et j'irai attendre Nico qui finira lui aussi cette
édition de folie.
Le lendemain, je n'ai pas trop de courbatures, pas mal aux
pieds et c'est tant mieux pour faire les 7 remorques à la
déchetterie du déménagement...