Les jambes me démangent tout à coup ! J’ai l’impression d’être en
prison, faut que je sorte. J’endosse mon sac à dos, mes images
positives, l’envie qui me noue les tripes et je repars faire la petite
trotte en mémoire. Et avant une « gambadée» (Saut léger qui manifeste
la gaîté, la bonne humeur.) dans la forêt de Rhonne avec les copains
du club (1H20).
En préalable, ils s’ y sont mis au moins à 4, pour m’équiper d’un
MP3 garni qui tienne la durée de la PTàL (Je remercie pour cela
Coureur pour son sens du partage de compétences, la patience
d’Electron libre pour le nettoyage et le remplissage, Ventre vide pour
le temps passé à chercher un MP3 à piles, et Irondan pour sa
connaissance des « bons plans d’ ici et d’ ailleurs », qui nous a
permis de trouver la boutique d’Albertville qui vend d’occasion
l’objet rare d’une époque déjà révolue.), et ceci dans les 48H
précédents le départ.
J’ai pu ainsi connaître les bienfaits d’un concert en plein air, tout
au long des paysages magnifiques de montagne qu’emprunte la PTL. Je
décolle déjà rien qu’ en trottinant, la musique en plus, j’étais au
moins 20 cm plus haut ! (« Un mètre quatre vingt… »)
Tous pour un ! Un pour tous ! Une superposition naturelle et sans
contrainte des trois « y z’iront ptét au bout », unis dans un même
projet, individuellement bien motivés et bien préparés. Les jours
précédents, l’équipe ressemblait à un C130 au décollage, moteurs à
fond et freins à bloc, en attendant le départ. Evidemment c’est un peu
bruyant pour l’entourage !
L’idée de l’élastique, (l’expérience), « c’est pas moi, c’est elle »,
mais cette suggestion faisait son chemin dans ma tête. Comment la
vieille garde allait-elle tenir l’allure des jeunes pur sang. (Çà va
les commentaires !).
Le soleil brille, c’est la première montée du Bellachat (Bellachat et
l’Aiguillette des Houches, très fréquenté ce matin là. Qu’est-ce qu’il
y avait comme gars pour une fille qui doit faire une « petite pause
déballage ». J’ai pas pu les éviter tous…
A ce sujet, j’ai remarqué que je n'étais pas la seule. Dans le Clan
des « Trimachins » ( ceux qui savent nager par opposition aux « y
z’iront ptét au bout » (ceux qui n’ essaient même plus), ils font
semblant d’ acheter des « combines », et en fait ils se promènent à
loilpé sur le net ! en tout cas au moins un pour l’ instant !).
L’élastique virtuel était déjà tissé et j’ai pas eu de mal à me caler
derrière Isa, elle-même calée derrière Luc : Attachante Isa ! Un super
élastique qui nous a réuni tout le long, s’étirant très longuement
(longueur maximum atteinte dans la montée de Bertone) et se resserrant
très fort (collage maximum dans les passages délicats et itinéraires
nocturnes).
La tortue (Un animal qui recule dans sa carapace au moindre indice
d’agression, qui descend les pentes raides avec mille précautions,
pour éviter le moindre roulement du sol sous ses pattes. Pour le
chapitre alimentation, même méfiance. Ne mange que ce qui est éprouvé.
Ne prend pas de pâtes à la française ni de poudres énergétiques par
peur d’exploser. N’avale un gel ou un coca que si elle est dans le
rouge ou s’il y a nécessité solidaire.) à pile lithium longue durée
revient dans la descente de Servoz, pour un autre come-back, après un
tour réel de 2H30 , au Col des Fontanettes avec Electron libre, sous
une pluie à annuler une PTL ).
Des trinômes de différentes couleurs, me doublent en dévalant les
lacets forestiers, faits de terreau souple, épines de pin et mousse
verte. L’air est pur.
Je rejoins mes coéquipiers qui lisent les actualités du jour sur le
demi road –book, l’ autre moitié nous attend dans le sac d’ allègement
du Grand St Bernard . (J’ai lu les news à la maison car ici, je n’ai
pas le temps).
Ce sont des rapides de la lecture cartographique, ce qui permet au
trio de passer sur le bon chemin, celui où l’on fait la connaissance
de Julien, le photographe.
J’ai tourné au jus de fruit suivi de l’eau des torrents et des
fontaines. 2 demi litres à remplir au fur et à mesure. Il faisait très
chaud et c’était suffisant, à part dans la descente de la Flégère où
je me suis retrouvée à sec (j’aurais du remplir à la tente). Isa m’a
filé du jus de raisin « bienvenu au bon moment », une nouvelle variété
de grains.
Sinon, j’ai une tendance à dormir plutôt qu’à manger pour reprendre
des forces et j’aime bien une grande tasse de café sans sucre, quand
c’est possible. Je demande toujours l’autorisation à notre chef de
course. Il n’a pas le choix de la réponse, mais çà l’habitue. On sait
jamais, si je faisais la Corse un jour prochain !
Comme je me penche de plus en plus sur la question de la descente, en
même temps que sur le terrain d’ ailleurs, je fais donc la transition
de l’ alimentation à la question cruciale de comment améliorer ma
vitesse ( le mot est déjà exagéré) de descente.
J’ai donc observé dans un premier temps, la différence alimentaire
principale d’avec les 2 autres « Z’Y bout ». C’est le coca, bien sur !
Il y en a partout, mieux que le GPS ces grandes bouteilles en
plastique qui jalonnent le parcours PTL. Ils boivent du coca, ils en
remplissent leurs gourdes et ils descendent vite. Si vous ne me croyez
pas vous regardez les résultats du Grand Bec de cette année !
Nous quittons les eaux fraîches de Servoz, et nous foulons à présent
le sable blanc qui borde la rivière. Ce qui nous amène au départ des
un peu plus de mille mètres d’ascension forestière, via un des
nombreux Col de la Forclaz des deux Savoie. Il y a de la puissance
dans les jambes des « z’y bout » (raccourci fabriqué à la va vite par
Nico, au cas où on lui ferait recopier 100 fois le nom de notre
équipe) ce qui nous rend d’humeur doubleuse. Les derniers lacets nous
hissent hors de la forêt, sur le point de vue dégagé du Prarion. La
sente court sur la petite arrête et les promeneurs venus du Chalet
d’en dessous pique- niquent dans l’herbe grasse (celle qui a le même
goût que l’herbe de la Petite Chèvre de Mr Seguin, tout là haut dans
la montagne), ce qui nous invite à aller y faire une pause.
Nous y retrouvons d’autres équipes assoiffées, arrivées comme nous,
par trois, en file indienne, ce qui nous donne un air sauvage. Les
bâtons sur le dos semblent des flèches dépassant d’un carquois. La
saharienne donne un air étrange. Il y en a qui ont des bas hauts d’une
autre époque, et des lunettes bizarres. Toutes sortes d’accessoires
ornent leur sac d’où sortent parfois des tubes Ils commandent
plusieurs consommations en même temps et en remplissent leurs gourdes.
Ils parlent peu et font tout vite furtivement.
Nous abandonnons ce choc des cultures pour ne pas inquiéter plus, et
retrouvons Julien qui nous accueille chaleureusement et trottine avec
nous en filmant.
Le Col de Voza est animé, puis la marche fluide nous conduit jusqu’à
une chicane à bestiaux qu’Isa ouvre, et remet en place, (une de ses
spécialités sur ce parcours de la PTL), une descente en escaliers qui
mène à la passerelle du glacier du Bionnassay, un passage dans les
lavachons et la montée au Col du Tricot. Toujours la même joie
d’arriver. Les gens discutent au Col. La plongée vers les
paradisiaques Chalets de Miage est directe. Un petit garçon appui sur
le robinet du bachal (j’suis pas née ici mais çà fait un bout de temps
que j’arpente les pentes) pour les coureurs de la PTL. Un petit slalom
dans les chaises longues, une remontée facile et nous arrivons aux
Chalets du Truc. Le buffet y est abondant mais nous ne faisons qu’y
boire. La stratégie est d’aller prendre le repas du soir au refuge de
Tré la Tête.
C’est dans la descente que nous rencontrons les anglais, une fille et
deux gars. L’un traîne la jambe, mais se ressaisit rapidement. J’ai vu
le fight spirit sortir des cheveux de la fille, preuve que ce n’est
pas une légende. (Faudra vous y faire, je suis toujours comme çà).
Une rencontre, c’est quand il se passe quelque chose de bien avec
quelqu’un, un lien relationnel qui peut durer un instant. Cela peut
aussi se construire quand on se revoit tout au long de la course. Sur
quatre jours c’était génial. C’est aussi la rencontre qui s’est
élaborée depuis notre inscription entre les membres de l’équipe.
Inscrit dans l’âme.
Non, lui, a fait une mauvaise rencontre. Et celui-ci n’avait pas
de garde de corps !
La montée vers le Refuge est plus ardue, sans doute une petite
fatigue qui pointe son nez. Les anglais sont au bassin, on y boit et
je refroidis mes articulations qui fument et gonflent. Enfin on croise
les cliquetis de dégaines d’individus casqués dont le regard hagard et
lointain, exprime que là haut « çà rigole pas ».
L’ambiance au refuge est celle de la haute montagne. Il y a les
anglais et d’autres équipes. On nous y accueille gaîment. Nous
enfilons nos six jambières et nos trois pulls, en prévision de la
nuit, juste avant la soupe, servie dans trois bols sans fond. (Trop
bien les bols spéciaux randonneurs). Pas bien faim pour le reste, un
point de divergence d’avec mes collègues, je préfère une légère sous
alimentation, qui m’évite les malaises gastriques. Quelques frissons
et un léger coup de mou à la sortie du refuge, et c’est la descente
jusqu’au Pont Romain, où nous sommes en terrain connu.
La montée vers le refuge de Balme à la nuit tombante est un moment
sublime. Les MP3 sont branchés. C’est super car cela ne coupe pas de
l’extérieur, on peut se parler, entendre les aboiements d’un chien au
loin, et le tintement des cloches du troupeau. Toujours un bon accueil
au chalet. Nous enfilons nos trois bonnets, six gants pour la montée
au refuge à la frontale, que nous allumons le plus tard possible, car
c’est bon de marcher de nuit aux dernières lueurs qui éclairent les
pierres blanches. Nous sommes seuls. Je vois les loupiotes de mes
coéquipiers se retourner, pour conserver la cohésion du groupe, puis
un peu plus haut ils m’attendent, le nez dans les étoiles. « Tu as vu
le ciel ? »
Elargir son regard et prendre le temps pour voir çà.
Nous sommes au refuge de la Croix du Bonhomme, en moins de deux, une
impression sans doute. Il y a une forte activité des bénévoles qui ont
décidé de passer une nuit blanche. Pour le sommeil de la première
nuit, nous n’avions rien décidé. On s’était dit qu’on ne s’arrêterait
pas au bonhomme, à priori, après on verrait suivant la forme. Je suis
descendue au dortoir pour étirer mon dos, et le froid glacial m’a
propulsée au restaurant direct, pour y retrouver la soupe. On mange et
on repart, nous verrons plus loin. J’ai troqué l’assiette de pâtes
contre du fromage, ce qui fait que je me suis trouvée bien dans la
descente (je cafte pas les autres, chacun y raconte sur lui, comme çà
y’a pas d’erreurs).
La descente du Col des fours assez longue, l’itinéraire à la frontale
pas facile au départ, et la piste finale faite de lacets lassants. A
l’arrivée à la Ville des glaciers, on est mou. Le ventre d’Isa a connu
des jours meilleurs, Coureur un peu sommeil je pense ( ?), et moi
vraiment pas du tout envie de me faire une nuit UTMB à divaguer en
hallucinant mon lit jusqu’à l’aube. C’est décidé on va se reposer, la
question est de savoir où ? On écarte les toilettes publiques, pas de
ruines en vue. Nous avons la tente de bivouac que porte Luc en cas
extrême. On se dirige vers les chalets des Mottets. Il est 1H30, lune
absente (On a déjà le soleil le jour, on ne peut quand même pas
demander la lune), personne de visible. Un homme en noir, sur le
chemin (c’est pas une hallucination), nous indique que c’est ouvert.
Effectivement la dame de Savoie nous reçoit et nous ouvre un dortoir.
Nous remercions sa charité, et nous mettons le réveil « façon lundi
matin », une heure en avance, ce qui fait que nous dormons deux
heures, suivies d’une rallonge d’une heure.
Frais et dispos, nous montons le Col de Seigne.
Au petit matin, à l’abri en pierre, nous trouvons « les Team montrail
attitude », des têtes connues. Leurs yeux sont suppliants de sommeil
et les abris au col ne font pas foison (çà veut dire qu’il n’y en a
pas). Nous les retrouverons plus tard avec plaisir sur le podium des
clochettes (merci Jean –Claude, Michel et tous les autres).
Direction col de Chavannes baigné des premiers rayons du soleil. Un
gel caféiné dégueu à la pomme verte comme p’tit déj. , en marche pour
moi, les autres j’ai pas eu le temps de voir (la rapidité des manips
est un gage de réussite). Suit l’enfilade Mont Fortin, pointe des
Chavannes, col du Berrio Blanc, col des Charmonts et dégringolade du
Col de la Youlaz avec une autre équipe jusqu’au Col Chécroui.
Celui là je l’adore, çà fait la quatrième fois que j’y arrive. J’ai
un souvenir persistant de devoir accompli, de la chaleur du soleil
ravivant et de bonne bouffe reconstituante. Les pâtes au basilic,
m’ont fait battre mon record, plus d’une demi assiette !
Il y a du monde, les chaussettes sèchent sur l’herbe pendant qu’on se
restaure et discute.
Suit la descente casse-pattes vers Dolonne, (les Utmbistes savent de
quoi je parle), puis la remontée en bordure de civilisation citadine
pour aller rejoindre Bertone. Un peu de flottement pour moi pour
reconnaître le chemin car ils sont numérotées et rares sont les
étiquettes. La carte est partie devant. Coureur ne se sent plus, ses
trois supporters préférés l’attendent à Bertone. Quasi personne dans
la montée, sauf Maxime venu à ma rencontre.
Pause au refuge sous les clics des photographes, Florence et Cédric.
A la sortie du refuge, les balises de la CCC montre la direction
verticale à suivre pour la tête de la Tronche. Le fan club nous
emboîte le pas pour la deuxième montée de la journée sur la butte.
Vont-ils la faire une troisième fois pour encourager Chantal et les
coureurs de la CCC qui seront par là vendredi ?
La famille se sépare donc, selon la proportion suivante, les ¾
retournent sur leurs pas, vérifier que l’inflation n’a pas encore
atteint Bertone durant leur absence (5€ la tablée de consommations
pour notre passage ptl ! Ceci est remarquable), le ¼ restant, rejoint
ses deux autres tiers qui continuent l’épaule sous une légère brise
qui rend l’herbe joyeuse.
Non, je ne fume pas ! Effectivement certains ont pu se poser la
question, sur ce que je prends en dehors des repas, comme dimanche par
exemple à Tamié. Je n’ai pas franchement eu le temps d’exprimer toute
l’émotion de cette petite trotte à Léon, la vie courante ayant repris
le dessus. Ce qui fait que, il s’est passé un phénomène étrange. Alors
que nous étions entassés dans la voiture balai de gendarmerie qui
récoltait les bénévoles sur le parcours du Trail d’Albertville, j’ai
vu ma partenaire, celle avec qui je me suis virtuellement clonée le
temps d’une ptl, descendre du coffre à bagages avec lesquels elle
était entassée, et me suis aperçue quelques centaines de mètres plus
loin qu’elle n’était pas remontée. La situation d’urgence a créé une
connexion directe de la phase et du neutre dans mon cerveau, faisant
sauter un disjoncteur au passage et me propulsant hors de cette
voiture suspecte, que j’ai faite arrêter sur le champ pour rejoindre
mon ex- coéquipière, en courant (Ouf !). J’ai juste oublié de penser
qu’elle montait dans une autre voiture plus confortable et qui allait
au même endroit.
Avis aux apprentis sorciers, un clonage réussi s’arrête dans la partie
réflexe du cerveau.
Comme disait une dame de notre village, rencontrée, hier sur le
marché, avec un grand sourire et les yeux pétillants : « Je vous
connais vous, je suis sûre que je vous ai déjà vus… Vous êtes passés à
la télé…Pékin Express ! ». Elle y pensait tellement qu’elle s’y est
crue. Privilège de l’âge que de décoller ainsi ? Vous voyez bien,
qu’il n’y a pas besoin de fumer pour s’envoler vers l’endroit qui nous
habite mais qu’on n’habite plus. C’était gentil de ne pas vous être
inquiétés pour moi, car c’est la St Michel aujourd’hui, et je suis
revenue pour fêter les retrouvailles de mon corps, de mon âme et de
mon esprit après plus d’un mois de séparation.
Nous demanderons aux quelques supporters qui nous encouragent de ne
pas oublier que le ¼ dont je viens de parler avant la visite de mes
pensées, est de sexe masculin, et d’éviter les « Allez les filles ! »
sur notre passage. C’est vexant à la fin, ce qu’il ne manque pas de
faire savoir en disant un merci de sa voix la plus grave. Nous
gravissons la Tête de la Tronche, la contournons par la droite, et
glissons le long de son cou jusqu’au Col Sapin.
Petite pose photo devant la girouette de pancartes jaunes. Suit un
bain de pied dans la rivière pour la troupe avant de remonter le Col
d’entre deux sauts, où nous flânons encore un peu pour différer
légèrement l’attaque de la longue ascension du Col de Malatra.
L’ambiance est plus austère. Nous avons repris le rythme sérieux des
grands jours, et nous dépassons nos amis espagnols, les Ultraxulis
andalucia, avec qui nous commençons à jouer. Au sommet, nous sommes
immortalisés d’un clic par l’équipe espagnole, que nous photographions
à notre tour.
Le règlement prévoyait des clichés obligatoires à certains points
stratégiques mentionnés sur le road book par un petit appareil photo,
pour preuve de notre bonne foi. En fait on en ferait ce que l’on
voudrait.
-« On ne vous les demandera qu’en cas de litige, s’il y a un doute »,
nous dit Jean-Claude, de la Team Organisation bien déterminée à
préserver l’oxygène qui emplissait la salle de Briefing. Pas de
rendement de comptes fastidieux, mais une occasion d’avoir des photos
de cette course de rêve, parce que sinon, ce serait comme d’habitude,
pas de photo dans les grands moments car les acteurs sont trop occupés
pour photographier le grand moment en question.
Cà me fait penser que je n’ai même pas une photo de mon mariage. Puis
l’andalous bondissant, que j’ai dépassé dans la montée, prend sa
revanche dans la descente. Encore un sommet que je n’aurais pas érodé
d’un centimètre (2928m.), en le dévalant. Les deux autres ne semblent
plus se poser de questions sur mes plans anti-érosion, et Luc
dégringole la pente raide, bientôt suivi d’Isa, qui « bienveille » à
tout comme une jeune mère doublement entraînée, si çà suit derrière et
si on ne rate pas la bifurcation à gauche.
Nos amis espagnols feraient bien d’en prendre de la graine, à savoir
qu’une trace directe va plus vite que des aller retour en étoile. Sans
doute un tour du « Servan », personnage malin qui sévit dans la région
depuis des lustres, qui aurait échangé la notice de leur GPS, avec une
notice de ARVA. Si je les titille encore un peu, ils vont bien finir
par nous l’envoyer la carte postale en provenance d’Andalousie avec
toutes leurs amitiés. Olé. Ce qui ne nous épargne pas la bute très
penchée qui monte au Col des Ceingles, avec vaches intégrées en
équilibre sur le sentier (Décoration Alpine S.A.). Je m’arrache encore
un peu pour les derniers « passe-lacets » (lacets très raides), et je
sors sur le Col.
Le crépuscule apporte sa fraîcheur, et réglés comme des horloges avant
même d’être en Suisse, nous nous parons de tous nos accessoires de
nuit, toujours en triple exemplaire. Plus tard, dans le noir,
l’espagnol à longue natte, tente un repérage GPS, tout en enfilant ses
maigres habits, assis sur les cailloux, pendant que ses collègues se
sont déjà trompés, bien devant et beaucoup plus bas. J’atteste que
pour eux la ptl aura bien 220km, chiffre annoncé au départ. Une valse
de petites lumières, à l’approche de la Bergerie, fait espérer à nos
sens en éveil, un rassemblement festif en musique, mais en fait cela
bouchonne fort aux abords des bâtiments. Les frontales vont dans tous
les sens, désorganisées, les chiens dans la cour hurlent à la mort
(J’en rajoute un peu pour le Fun). Nous nous avançons dans la cour, et
une porte entrouverte laisse apparaître des cadavres d’animaux gonflés
(Vrai, demander à Luc). Un concert satanique, çà ne nous dit rien. Du
coup, Luc très inspiré et encadré de ses deux anges (nous les filles),
encape une remontée directe droit dans la pente, dans le plus pur
style des cours d’orientation en montagne, pour croiser ce maudit
chemin en balcon, étroit, fuyant parsemé de quelques trous cachés par
des touffes d’herbes, qui pourraient précipiter le pèlerin non averti
en bas des barres rocheuses.
Un « Tarentino » avant d’aller se coucher, pas mal organisé ce tour.
Nous remontons le champ barré de deux murets de pierres, pour
atteindre la voie romaine. Pas de calvaire le long de celle-ci, le
film doit être fini. Puis c’est le passage de la frontière au pas de
course, et là miracle ! Qui est là sur le parvis des Hospices du Grand
St Bernard, à 23 heures sonnantes, Patrice, vous savez, celui qui
aurait du être sur la photo du mariage, venu en vélo de course par les
grands cols, et rebaptisé « Electron libre » par Isabelle pour le
meilleur et pour le pire. La joie illumine nos coeurs. C’est tout de
même la deuxième fois que Luc pénètre dans ce lieu d’accueil et de
repos. Dans un prochain épisode, vous saurez s’il a troqué sa ceinture
noire pour une robe noire. Pour l’instant, le Mystère demeure.
Enfin ce n’est pas tout çà, c’est l’heure de la douche purificatrice
avant de passer à table. A notre arrivée dans le restaurant, la Sœur
qui faisait avec ses collègues, des prouesses pour que chacun se sente
chez soi, le temps de la halte, était déjà convertie à la bicyclette
et à la course en montagne. Ce serait sympa de lui présenter Nico ou
Dan de l’équipe de triathlon pour l’initiation à la natation dans le
lac.
Nous ne sommes pas les seuls, à avoir parcouru 110 Km et gravi 9400m,
beaucoup profitent de ce réveillon de minuit. Même Julien est là. La
nuit et le petit déjeuner délicieux et chauds, nous remettent sur
pieds, pour un départ à 5 Heures, suivi par la caméra de Julien.
Rapidement le jour prend le relais des frontales et éclaire le
fantastique enchaînement de cols que sont le Col des Chevaux, du
Bastillon, de l’Arpalle et du Névé de la Rousse.
Tous différents et beaux, mais on se demande comment des chevaux
chargés ont pu passer les deux premiers, raides, étroits et bordés de
barres rocheuses. Remarque, il n’y a que le premier passage qui coûte,
çà m’a fait pareil à moi, au deuxième j’étais « comme chez mémé ». Mes
amis, vous pouvez ranger la laisse
. Maintenant nous sommes en octobre, et l’hiver approche. La sortie de
samedi s’est faite dans dix centimètres de neige. Il est temps de
boucler ce tour afin que puisse naître un nouveau projet. Pour cela,
il faut descendre à la Tsisette, sur un sentier qui s’étire à flanc de
montagne. La Tsisette c’est une ferme. Je découvre en même temps que
vous. La fermière partenaire, nous sert la soupe, le pain et à boire,
sur sa table extérieure en bois, placée près de la porte de la
cuisine, au soleil comme dans tous les chalets de montagne. On se cale
sur les bancs, pendant qu’une équipe passe en se ravitaillant en vol.
Les heures sont longues et tranquilles comme les distances que nous
allons couvrir aujourd’hui. Nous enjambons les fils électrifiés du
parc et rejoignons la piste, sœur jumelle de la route qui descend des
Prioux vers Pralognan. J’accepte, au service de la communauté, une
légère frustration en laissant passer la rivière aux eaux envoûtantes
qui m’interpellent au passage, pour me contenter des deux centimètres
d’eau du caniveau bétonné qui suit. Nous avons trois vitesses de
course différentes dans notre équipe, un peu comme si on avait loué
une Deux Chevaux (bien entretenue mais avec d’inévitables pointes de
rouille), une A4 Audi coupé sport (récente mais avec un léger problème
de pompe) et une Porsche (pas neuve mais garantie à vie). Note du
ouebmaster : C'est sympa la comparaison avec les tutures mais j'aurais
plutôt dit une 2cv, une 4L et une R5...
Les tests moteur du 24 mai, au GR73 de Cruet, se sont bien passés. Nos
temps et forme respectifs sur 73 Km et 5000 de dénivelé +, nous
offrent une bonne base sur laquelle construire cette course par
équipe. Je ferai donc refroidir ma machine plus tard, comme çà je ne
cours pas le risque d’entendre le moteur de mes coéquipiers ronfler,
ou caler « d’endormissement », en se mettant en sous régime. Nous
avons bifurqué brusquement à gauche, puis suivi longuement un étroit
sentier plat, coincé entre le caniveau suisse et le ravin. Isabelle a
eu encore fort à faire pour remettre les fils du parc à bestiaux
laissés au sol par nos prédécesseurs. Heureusement pour eux, elle est
beaucoup plus sympa qu’un patou. Quelques vivres de course ont été
métabolisées sous les téléskis de La Téjère, pour poursuivre cette
journée dédiée au temps long, à grimper dans les champs en écoutant la
musique du MP3 pour les filles et des kilomètres d’enregistrement
culturel pour le garçon, redescendre, rencontrer si peu de monde qu’on
peut noter sur le carnet de bord les deux traceurs de sentier vus dans
cette « longuissime » descente, dont le but est d’atteindre un jour
Praz de Fort.
Mais quand ?
Pas moyen qu’Isa arrive à prendre son pied une seule fois dans cette
descente, tellement il a décidé de lui faire mal. Il s’est enfin
calmé, quand elle l’a plongé dans la fontaine de Praz de Fort, en
papotant avec deux gars du cru, qui à la fin de la journée décideront
peut-être, s’ils sont entreprenants, de renommer leur village Praz de
Fort les Bains.
De cette nouvelle station balnéaire, nous devions prendre le sentier
des Champignons, et les anglais devaient prendre le « Mushroom path »,
histoire de leur compliquer un peu le jeu de piste. Il y avait des
équipes avec GPS et des équipes sans GPS et une photocopie de carte
dont le trait plein du tracé masquait ce qu’il y avait dessous (route,
chemin ?) et comme son nom le dit, ce sentier était exclusivement
destiné à ramasser des champignons, sans oublier un seul coin de la
forêt. Le premier gros cèpe que nous avons trouvé, c’était le porte
monnaie du chef d’équipe des « Blaireaux Teigneux », au milieu du
chemin, ce qui nous a fait louper le sentier à gauche et continuer
droit, vers le parc des deux vaches noires, aux allures patibulaires
avec leurs grandes cornes, tout en replaçant les fils électrifiés au
sol, signe que nous n’étions pas les premiers à passer là.
Effectivement, çà tournicotait un peu dans ce coin, sous les yeux
agacés des bêtes. Buter sur un cul de sac, revenir sur nos pas,
repasser les fils avec une autre équipe qui a pris une châtaigne au
passage, et enfin lever le nez vers la pancarte « Sentier des
Champignons », rejoindre une petite route : A gauche ou à droite la
Peule ?
Nous avons enfin abandonné la cueillette, pour récupérer la montée de
l’UTMB/CCC, qui sort sur Champex.
Brève visite sous le chapiteau, car au briefing, Michel nous avait
dit qu’on y aurait accès, ce qui n’était pas l’avis de la gardienne de
la table de victuailles qui ne voulait rien laisser échapper de ses
rangées de saucisson, fromage, yaourts sous blister, vers le ventre
d’un seul trotteur. Je suggère donc à l équipe d’organisation, de
clarifier ce message, pour l’an prochain, avec effet identique des
deux côtés de la frontière. Un trotteur çà s’adapte.
Je ne sais toujours pas si nous avions accès ou pas au buffet, mais en
tout cas, nous avions accès au chapiteau, puisque Léon nous y
attendait et nous a abordé, timidement, en nous disant : - « Vous
faîtes ma course », et nous a aiguillé vers son épicerie désamorçant
ainsi toute possibilité de conflits de table, entre pro trotteurs et
pro CCC. Nous avons repris la route, sur les bords du lac, en croquant
les fruits pas défendus, offerts par Léon, vers le Bon Abri, refuge
partenaire, en repérant au passage les pancartes indiquant la Fenêtre
d’Arpette, étape suivante.
Pour l’heure, j’ai des rêves tenaces d’omelette. Au Bon Abri, le chef
de l’équipe des « Blaireaux Teigneux », qui nous a précédé, est en
train de fouiller ses poches pour régler l’addition et commence à
tourner au vert pâle, au moment où Isa entre dans la salle et lui tend
son portefeuille, lui évitant ainsi, in extremis la corvée de plonge.
C’est l’état de grâce. L’amitié se substitue au sentiment de rivalité.
A la sortie du restaurant, nos boissons étaient déjà réglées. Nous
récupérons la direction de la Fenêtre d’Arpette. Terminées les
languissantes distances, et retour à la verticalité. C’est ultra
magnifique, et mes bâtons me propulsent dans les marches dans
l’objectif d’arriver avant la nuit. Il y a des équipiers plus ou moins
ensembles avec nous. Le sommet est atteint, aux dernières lueurs du
crépuscule.
Je connais la descente qui côtoie le glacier du Trient, passe les
cabanes de la cascade, court le long du caniveau bucolique de jour et
rejoins le col de la Forclaz. Une ballade magnifique pour tous. Si
nous avions eu des projecteurs à la place de nos frontales voilà ce
que nous aurions pu voir :
Voici de jour ce que nous n’avons pu voir de nuit.(
Reconnaissance du 9 août).
Là, mes genoux tendus, crispés, brûlants, à cette heure, n’ont plus
le droit au chapitre. Tenir le rythme le plus rapide possible, car «
plus vite on avance, plus vite on arrive », et il y a des
circonstances où c’est la meilleure des motivations.
Une diversion me redonne un peu de jus, à l’approche de l’Hôtel de la
Forclaz, où nous croisons des coureurs de la CCC, dans un contresens
de frontales. Les supporters de la CCC acclament les participants. La
fête n’est cependant pas pour nous et nous devons chercher par
derrière les bâtiments la grange étroite et encombrée où s’entassent
les équipes de trotteurs. C’est normal, on ne peut pas toujours être
les rois, il y a des gens sur la terre qui en bavent tellement, il
faut bien un peu la mériter cette course. Après un bol d’eau chaude,
un médicament népalais infaillible pour lutter contre la faiblesse
physique et le froid, et une soupe pour mes amis, nous rejoignons les
lits de camp, sous un toit de tente dressée sur l’herbe mouillée. On
est gelé malgré les températures élevées de la journée, probablement
en raison de la fatigue, ce qui constitue un avertissement pour l’an
prochain, si la météo est défavorable. Nous rapatrions tout le bazar
sur le lit, chaussures, sacs pour ne pas les retrouver trempés au
petit matin. Je n’ai plus le courage de me couvrir correctement et
m’entortille dans la couverture, sur un courant d’air.
Je n’entends même plus les cris et sonnailles des supporters, qui
passent la nuit à encourager la CCC, mais j’entends clairement la
musique que j’ai écoutée depuis le départ, malgré mon MP3 éteint, ce
qui me décolle du monde présent inconfortable. Ceci m’a rapproché du
film « La mort suspendue », le gars qui descendait avec sa jambe cassé
entendait une musique à tue tête, et çà l’a sauvé. C’est mon deuxième
film revu dans la course.
C’est déjà le lever, sans rancune. L’arrière de mon genou gauche
empêche l’extension de ma jambe et j’applique une chaufferette que Luc
propose comme il proposerait des bonbons, pour tenter de décrisper
l’articulation.
A ma gauche, il y a comme trois tapis roulés côte à côte, je ne suis
pas franchement réveillée et je me demande encore si ce sont trois
coéquipiers minces roulés dans des couvertures ou pas ? Comme je suis
dans le coltar, je ne retrouve pas tout de suite la porte de l’étable
où mes coéquipiers sont déjà attablés. Je me perds dans les toilettes
et fini par ouvrir la porte de la grange. Je bois le pire nescafé trop
concentré dont je me souvienne, sur fond de pas bien en phase avec
l’environnement. Il vaut mieux y aller, en contournant le dernier
obstacle, la tente qui masque le départ du Mont de l’Arpille, et
trouver enfin la lucidité en grimpant. Rien ne vaut une bonne marche
pour se remettre d’aplomb.
Arrivé en haut il fait jour, mais nous ratons le point de vue pour
attaquer d’emblée, dans les arcosses, les mille deux cents mètres de
descente. Sur le sentier d’épines de pin, nous enjambons le squelette
d’un chamois. Je m’interroge sur le peu d’animaux sauvages que nous
avons rencontré sur autant d’heures de course de montagne: vu une
couleuvre, aperçu deux biches. Où étaient-ils donc ? Nous le saurons
plus tard.
Nous plongeons tout au fond, doutons sur un passage où Isa vigilante,
prend la bonne option, et nous passons le ruisseau vers l’autre
versant. Les espagnols que nous retrouverons après le Trétient, se
sont trompés à ce passage douteux, rallongeant un peu leur périple. Au
Trétient il y a une épicerie, et notre dernier repas datant de
Champex, nous y entrons. L’étale est très sobre, et la mémé nous
présente ses bricoles à vendre. Au moment de payer, elle nous dit ne
pas prendre les euros et espère qu’ils n’arriveront jamais à atteindre
la Suisse. Ce n’est pas grave. Nous rangeons donc notre butin sur
l’étagère, enjambons la voie ferrée et faisons la pause changement de
tenue au bassin. Nos amis espagnols nous rejoignent y soigner leurs
ampoules.
Sur le sentier, le sac d’Isa sent l’arrivée car il s’est ouvert et
jette au vent son contenu fait de chaussettes, jambières…comme si cela
devenait superflu.
Nous poursuivons en plein soleil, ce sentier balcon au panorama
époustouflant où l’on voit se succéder le glacier du Trient,
l’Aiguille du Tour, La Verte et le Couturier, les Drus, Le Tacul , Le
Maudit, Le Mont Blanc, l’Aiguille du goûter. Il y a une équipe qui a
du trouver cela tellement beau qu’elle a voulu monter encore plus haut
pour mieux voir, et appelé le PC course à l’aide pour redescendre sur
le chemin. Isa a récupéré toutes ses affaires mais doute de
l’existence du restau suivant qu’elle ne voit pas sur la carte. Je lui
confirme qu’il y a effectivement un restau à touristes réel, ouvert et
bien garni puisqu’on y a testé le repas avec Pat au début août.
Arrivée à Fenestral
Au Lac d’Emosson, la terrasse est bondée. Nous y retrouvons Julien,
qui nous embrasse car maintenant nous nous connaissons bien, pendant
qu’Isa a convaincu la serveuse débordée de nous servir n’importe quoi
de comestible pourvu que ce soit dans les dix minutes.
De nombreux verres de boissons plus tard, nous reprenons la course sur
le barrage avec Julien, chargé de sa caméra, qui nous quitte à la
montée des gorges raides issues du barrage du Vieux Emosson, où nous
attendent les Espagnols sortis de je ne sais où, et attablés au
refuge.
Un grand verre d’eau en leur compagnie avant de passer la grotte
pour faire le tour du lac en direction du Col de la Terrasse.
Je connais cette montée qui traverse plus haut sur la gauche, car je
l’ai reconnu le 10 août. Pourtant je ne la connaissais pas alors,
comment aurais-je pu la reconnaître ( !). Ma pensée va se promener à
la recherche de l’origine de l’emploi de ce mot à contresens, qui rend
la phrase absurde dans le style d’un sketch à la Raymond Devos.
J’émets l’hypothèse suivante : Il aurait été utilisé pour la première
fois par un chef militaire, qui ne trouvant plus aucun éclaireur
volontaire pour se risquer dans un endroit inconnu, aurait eu ce coup
de génie.
« Allez me faire la reconnaissance du terrain ! ».
Substituant d’un coup de baguette le reconnu rassurant à l’inconnu
inquiétant. Ma copine pour l’heure a d’autres problèmes que la
sémantique sur ce chemin rocailleux désertique, totalement à
découvert, et cherche activement un instant tranquille pour un petit
arrêt. D’autant que les Ultraxulis Andalucia nous rattrapent à une
allure de combat. L’espagnol bondissant m’a pris en protection et me
pousse un moment en m’encourageant : « Animo ! Michèle. Animo ! »
Ils impulsent à leur coéquipière un rythme maximal, et disparaissent
de notre champ de vue, pendant qu’apparaît en haut la silhouette d’
Electron libre. Mais où est donc son parachute ?
Là, il faut sauter dans le trou, sans balancer des parpins aux
éventuels gens d’en dessous, ce qui est une règle de sécurité
essentielle en montagne. Nous évitons donc un de ces fameux cailloux
que nous lance aimablement un promeneur qui monte ce que nous
descendons.Je profite de la pause pour faire une annonce dans la
rubrique des objets perdus/trouvés, à laquelle nous avons pris un
abonnement PTL.
A l’attention des chamois et marmottes habitants sur le Buet : Perdu
porte-monnaie noir plein de billets et clé de voiture, le tout échappé
de la poche du maillot de cycliste d’un coureur à pied, qui n’a pas pu
offrir sa tournée aux chalets de Loriaz. Si d’aventure quelqu’un les
trouvait…
A partir de là, la ligne générale descendante nous conduira au Col
des Montets, selon une suite baroque, à travers bois, prés, herbe qui
gratte, ronces, enclos, grotte, pelouse sous arrosage automatique,
voie ferrée. 1300m de dénivelée négative de plus au compteur, depuis
le Col de la Terrasse, et jusqu’à ce que nous retrouvions le chemin
plat animé par nos supporters affûtés, d’autres coureurs et leurs
accompagnants. Là nous ferons course commune avec l’utmb jusqu’à
l’arrivée.
Et ceux qui n’ont pas pu se déplacer…sont en ligne.
La dernière surprise est la montée de la Flégère . Sentir les
muscles puissants et en harmonie avec la pente à gravir, c’est la
récompense. Un moment sublime de la course. La sensation est tellement
agréable qu’il est quasi douloureux d’être là sur une chaise à écrire,
au lieu de me trouver sur ce chemin, dans la douceur de fin d’été, à
pousser sur les bâtons pour monter les marches, sous le regard hautain
des chamois.De rares coureurs de l’Utmb nous dépassent dans la montée,
leur volonté pour tenir le rythme plus forte que leur souffrance.
C’est dur aussi pour eux. Ils arriveront dans les quarante premiers.
Quelques enjambées encore légères sur le plateau magnifique et la nuit
tombe sur la Tête aux vents. Nous rencontrons des bénévoles, des
trotteurs encore en équipes, un allemand je crois, deux fois orphelin
sur le parcours, qui a perdu ses coéquipiers d’origine, puis ses
coéquipiers adoptifs et qui semble chercher un bout d’équipe pour
finir le parcours.
Il fait nuit, j’éclaire ma frontale et voit passer Karine Herry dans
la petite descente, juste avant l’arrivée à la Flégère. Un thé chaud
sous la tente et c’est la descente finale, très dure. 1200m sur 7km de
distance. Un monumental coup de pompe plombe mes jambes et je compte
la dénivellée descendante 20m par 20m comme il est suggéré de compter
les moutons pour supporter les minutes interminables d’une insomnie.
Trop proche de l’arrivée, j’ai négligé de remplir ma gourde.
Les lacets n’en finissent plus de se succéder, et je m’accroche coûte
que coûte à notre dernier objectif qui est d’arriver le samedi, vers
23H comme tous les autres soirs. Le corps qui aimerait se laisser
aller au repos me fait payer l’absence de ravitaillement par une soif
soudaine et intense. Isa vient à mon secours en m’offrant son rab de
jus de raisin.
Au détour d’un lacet, les lumières de Chamonix apparaissent enfin.
On y est. Nous brûlons joyeusement nos dernières cartouches pour le
sprint de l’arrivée entraînés par la cadence de notre escorte bien
aimée. Nous finissons main dans la main. Il est 23H05 : pari tenu
Une nuit et une journée complète pour se rafraîchir, dormir, flâner,
dévorer un poulet frites et profiter de la fête.
CR Luc
Pour une Petite Trotte à Léon "al dente" en 87 h 05
Ingrédients
1
Choisissez un parcours dantesque de 211 km et de 16 500 m de
dénivelé positif autour de Chamonix. Ce parcours devra passer par
la France, l'Italie et la Suisse et culminer à 2935 m. 2 Prévoyez
une période de grand beau temps, c'est indispensable. 3 Montez une
équipe de finishers de l'UTMB, peu importe leur vélocité, c'est
plutôt du côté fiabilité qu'il faut recruter. Veillez à ce que
l'ambiance dans l'équipe soit au beau fixe pour une cohésion du
tonnerre. 4
Munissez-vous du matériel obligatoire pour avoir des sacs aux
alentours de 6 kg.
Comme vous avez pu le remarquer, pour cette recette de la Petite
Trotte à Léon, il est recommandé de faire appel à la gente
féminine, les résultats sont meilleurs, la possibilité de finir
s'en trouve grandi. C'est que c'est coriace, la gente féminine,
surtout la Isabellus Cifermani (Cifermanus, c'était vraiment pas
poli) et la Michélus Flagus, de vraies ultra traileuses avec une
volonté, un courage et une régularité à toute épreuve.
Déroulement de la recette
5
Commencez par rassembler les troupes au centre de Chamonix pour
un départ à 8 h, un mercredi, c'est mieux. 6
Dirigez-vous vers l'aiguillette des Houches d'un pas ferme et
décidé, vous pouvez même trottiner. Laissez les équipes s'étirer
le long du sentier. Vous pouvez discuter avec des personnes
connues, c'est plaisant. 7 Très
important ! A Plan Lachat, un membre de l'équipe doit se dénuder
et faire son pipi au milieu du chemin afin que les autres
équipes sachent que le territoire est marqué et que cela va être
difficile pour elles. 8 Prenez
une ou deux photos à l'aiguille
9
Dirigez-vous rapidement vers Servoz, sans vous tromper
d'itinéraire, profitez de la vue splendide.
10 Une
fois à Servoz, photographiez la superbe mairie, faites le plein
d'eau et repartez prestement vers le Prarion où vous vous
photographierez également. 11 Au
Prarion, passez voir la très aimable équipe du bar restaurant au
sommet du télésiège, vous en ressortirez grandi de tant
d'amabilité et d'abnégation dans le travail désintéressé... 12
N'insistez pas trop et avalez le col du Tricot.
13 Buvez
au chalet du Truc et mangez au refuge de Tré la Tête car 44 km
et + 4000 m ça creuse. 14
Habillez-vous plus chaudement, préparez votre frontale et
dirigez-vous vers la soupe de la Balme et les pâtes du col de
Bonhomme. Là, ne restez pas avec les autres qui dorment ici mais
passez le col des Fours et dormez 3 heures aux Mottets. 15 Vers 5 h
du matin, démoulez-vous des lits et prenez l'air dans la Seigne
en passant près de son cairn majestueux. Filez vers le col des
Chavannes.
16 Ondulez
vers le col de la Youlaz via le mont Fortin et le col de Berriot
Blanc.
17 Déroulez
avec sagesse jusqu'au col Chécroui où les pâtes vous tendent les
bras. 18
Re-déroulez jusqu'à Courmayeur en remarquant que d'autres
recettes peuvent être employées par d'autres "cuisiniers", comme
le ravitaillement sauvage au minibus. 19 Du
coup, prenez un coup de sang et montez au carton Bertone à 1000
m/h rejoindre Florence qui vous photographiera copieusement. 20
Incorporez la Tête de la Tronche puis rapidement le col Sapin,
attendez un peu pour le Pas d'entre deux sauts. Vous êtes
maintenant à 98km et + 8200m. 21 Laissez
reposer les pieds dans l'eau et ajoutez le col Malatra
lentement.
22 Peu de
temps après, incorporez le col des Ceingles puis à la frontale,
le col sait Rémy. 23 Blasez
tout le monde en prenant le sentier marqué sur la carte jusqu'au
Grand saint Bernard. 24 Laissez
vos convictions au placard et pénètrez dans le bâtiment des
frères et bénéficiez du meilleur accueil sur le parcours en vous
endormant 4 heures et en vous alimentant copieusement car vous
avez maintenant 112 km dans les pattes et + 9400m. 25
Ressortez vers 5 h du mat, frissons ou pas, orientez-vous vers
le col des chevaux et celui du Bastillon. 26
Crapahutez au col de l'Arpalle puis au col du névé de la Rousse.
Asseyez-vous. 27 Glissez
lentement vers la Tsissette et vers sa soupe salvatrice 28
Hissez-vous péniblement à la Téjère pour redescendre à la Sasse.
29
Rajoutez un sentier des champignons après une descente
"roulante" et reliez Champex pour sa dégustation de yaourts sous
chapiteau. Enfin, certains préfèrent ne pas en déguster, c'est
selon vos envies. 30 Passez
chez Léon pour savourer des fruits, puis ravitaillez Au Bon
Abri. 31 A la
fenêtre d'Arpette certaines têtes auront "gonflé", mais pas
toujours, ça défigure 154 km et 12 500 m +.
32
Descendez avec aisance sur le col de la Forclaz et savourez
l'accueil à la mode de Sparte qui vous y sera fait. Certains
attendent encore leur eau chaude. Endormez-vous au frigo et
reveillez-vous 4 heures plus tard pour manger. 33 Montez à
l'Arpille car dans la descente sur l'autre versant, vous
trouverez un concurrent déshydraté.
34 Tester
la glissière de sécurité du Trétien vous tentera, n'y resistez
pas !
35
Incorporez le mari d'une membre de l'équipe au moment propice
pour la motivation.
36
Finalisez la montée à la chaleur de l'après-midi. 37
Rejoignez la recette UTMB 08 à Vallorcine pour parfaire la
recette de la PTàL. 38 Ajoutez
plusieurs chamois. 39
Saupoudrez de Tête aux vents et de Flégère, rajoutez un coup de
fil d'un finisher plus qu'enthousiaste et encourageant puis,
allumez la lumière. Oubliez tous les bobos et courez, courez, la
main dans la main, la larme à l'oeil...
Vous obtenez une Petite
Trotte à Léon de 211 km et 16 500 m + "al dente" en 87 h 05.
CR Isa
Bientôt plus , de 2, de 3 mois, de 4 mois, de 5 mois, de
6 mois, 1 an, 17 mois, 2 ans, 5ans, 8ans, 10ans qu'elle
écrit...