CR Luc
Découverte à l'automne de ce nouvel ultra prometteur : terrain technique, longue distance, gros dénivelé... Bref me voici pré-inscrit. Finalement, ce ne sera pas le plus dur de s'inscrire.
Je laisse tout reposer jusqu'aux premiers repérages avec, quand même, une participation au GR73 et à la Montagn'hard 107. Les repérages commencent avec une prétendante au podium féminin bien connue ici. Et là, on rentre dans le vif du sujet. Je n'étais pas venu depuis longtemps dans Belledonne et j'avais oublié comme le terrain est cassant et la progression lente. Bref après 5 journées de repérages, j’ose espérer un temps entre 35 et 40 h, mais je ne suis certain de rien.
Tout va très vite, on se retrouve sur la ligne avec Michèle, Chantal, Nico, Isa, Patrice, mon pacer. Une très bonne météo est annoncée (je pense ne pas avoir pris le départ si elle avait été mauvaise). 618 inscrits, 500 partants pour le solo. Je pars assez bien, j'ai de bonnes sensations mais comme à la Montagn'hard, je trouve que beaucoup ne savent pas du tout gérer leur effort. Et ça ne rate pas, au bout de 25/30 km, les premières défaillances. Je remonte des places...
La montée à la croix de Belledonne se déroule bien, j'aperçois Nico à la descente, il n'a pas fini sa montée, il doit y avoir un gros 1/4 d'heure entre nous. Les jambes commencent à devenir dures mais tout est normal. Le col de Freydane est avalé, la descente choisie est un poil technique, il ne faut pas tomber... Le ciel se bouche pour l'arrivée à Jean Collet, je m'arrête un moment car je ne suis pas au top au niveau digestif.
Départ pour la Mine de Fer, un champ de cailloux passé le col, il faut faire bien attention où les pieds se posent. L'équilibre précaire vitesse de progression/état digestif me laisse avancer pas si mal mais je mange plus rien, envie de rien, il faudrait que je me pose un moment, ça attendra le FDF...
Le col de la Vache passe pas si mal et c'est l'arrivée au FDF après une descente bien cassante. J'arrive en 12 h 30, bien entamé, avec Pierre qui est venu à ma rencontre. Jacques et Cédric sont là aussi, je refais les niveaux en discutant mais, j'ai du mal à avaler l'assiette de pâtes. Il ne faut pas s'éterniser et nous partons, Cédric, Jacques et moi.
Je monte régulièrement au train et à l'arrivée à la Grande Valloire, il faut sortir la frontale. On quitte Jacques qui va faire l'assistance aux suivants et on s'enfonce dans la nuit. Des coureurs du relais nous passent comme des avions. Au Gleyzin, on prend notre temps car il y a maintenant 20 km sans ravito. En repartant, nous croisons Pierre André qui s'est blessé et qui abandonnera là.
Cédric n'est pas au mieux, il a du mal à suivre et je lui propose rapidement de bien réfléchir car une fois de l'autre côté de Moretan, pour plier, ce sera très dur. Il réfléchit 5 minutes puis me dit qu'il rentre au Gleyzin. Je suis mitigé, d'un côté c'est bien plus sûr pour lui et d'un autre, purée, je n'aurai eu un pacer que pendant 4 h...
Je monte Moretan seul, à bon rythme. En haut, je mange après m'être habillé car il fait frais. On m'annonce 25 ième solo. Les bénévoles sont supers. Redémarrage, plutôt dégringolage dans la descente de Moretan. Dangereuse à souhait avec son névé glacé et son sentier bien glissant et absent. Pas de chute, pas de bobo, un ravito en chocolat chaud sauvage salvateur vers le milieu de la descente. Les bénévoles ont même monté des tentes pour se reposer, je n'en ai pas besoin, je file.
Cette descente est interminable puis, c'est la montée vers Super Collet. Comme pour Moretan, je monte au train, je me fais doubler mais je m'en fous. Je ne sais pas si ce sont des relais ou des solos, l'important est de focaliser sur ma course, pas sur celle des autres. J'arrive à 6 h pile poil à Super Collet, au moins c'est ponctuel ! Les bénévoles ont un coup de moins bien, ils ne sont pas très actifs mais ils viennent de passer une nuit blanche, c'est normal.
Je reste 10 minutes puis je repars, le terrain suivant est connu jusqu'au refuge des Férices. Je ne suis pas trop mal, comme à chaque fois que j'ai pu manger en fait. Le rythme baisse lorsque je suis loin du ravitaillement, il faudrait que je m'arrête pour m'alimenter mais j'ai beaucoup de mal. Entre le refuge et les crêtes, deux coureurs sont en perdition, un relais et un solo, ils sont à l'arrêt, ça va être très long pour eux...
Les crêtes des Férices sont interminables, j'arrive bien cassé à Val Pelouse. Les accompagnants font trop de bruit, je ravitaille et je me barre. Nous sommes tout un petit groupe et je n'aime pas ça. Je me mets à la fin et je les laisse filer. J'ai envie d'être seul. Jusqu'au Grand Cucheron, c'est long mais dans la forêt, je retrouve Maxime qui attend avec un Orangina à la main.
Très bien, ça va m'aider de parler un peu car, comme mon portable a eu sa batterie vidée chez Cédric, je n'ai aucune nouvelle. Je sais qu'Isa a doublé Nico qui lui, a dû s'arrêter car plus de piles dans sa frontale. Michèle et Patrice ont abandonné à FDF. Pas de news de Chantal. Au dernier ravito, il y a Florence mais je ne m'arrête pas longtemps car le roadbook annonce 13 km et 177 m +. Il y aura 19 km et 550 m +. A ce moment de la course, c'est vraiment une mauvaise blague.
Dans la forêt, je me fais déposer par 4 solos, mais déposer. Ils vont deux fois plus vite que moi. Je ne sais que penser, je continue. Arrivé sur la route, je peux courir et que vois-je ? 2 des solos turbo à l'arrêt, c'est moi qui les dépose maintenant. Je suis content mais la suite sera encore meilleure puisque les 2 autres sont aussi à l'arrêt et je les passe sans difficulté.
Cette route finale est bien chiante, longue, j'ai le dessous de l'avant pied qui doit avoir des ampoules, ça commence à bien faire mal. Je franchis la ligne en 36 h 28 en 23 ième position. Je suis bien crevé et heureux d'avoir terminé ce truc de fous. Les GPS annoncent 150 km au moins et 11 500 m +. Nico arrivera 3 heures plus tard suivi de peu d'Isa. Tous les amis sont là, finishers ou pas, c'est un bon moment...
