Avant...
Pas de stress avec ma préparation cette année, différemment de
l’an dernier quand j’avais fait mon premier ultra trail quelques
mois avant le GR20. Pas forcément plus préparé physiquement, j’ai
maintenu le rythme et le volume des entraînements de l’année
d’avant, mais beaucoup moins de variables inconnues pour
m’embrouiller la tête. J’étais par contre réaliste quant à la
différence de niveau par rapport aux autres et se retrouver
souvent à la traîne à être attendu gâche une bonne partie du
plaisir. C’est ce qui m’inquiétait un peu, plus que d’arriver à
faire le parcours complet sans avoir recours à la voiture comme
l’année dernière. C’est avec ça dans la tête que j’avais dès le
départ décidé de suivre chaque jour la variante la plus courte. Et
quand, la veille du départ, une menace d’orage fait apparaître une
variante plus courte pour le premier jour, je m’y accroche et je
tiens bon.
Une belle brochette ! Simon a fait une
remarque quelques secondes avant la photo qu’il ne voulait pas
être à côté de Pierre, j’ai compris trop tard… Silas s’en est bien
sorti.
Jour 1 - Des Deux Alpes à Villar-d'Arêne
On part finalement tous sur le trajet le plus court (ou peut-être
plutôt le trajet sans rallonge, j’apprends plus tard), 30 km avec
1700m de D+/D-. Rien a priori d’effrayant, une bonne mise en
route. Et on est partis…
(Départ des Deux Alpes - photo : Silas)
On commence par une longue descente jusqu’au fond de la vallée
par un sentier agréable, on passe le barrage que l’on avait vu en
arrivant en voiture la veille, et on sort les bâtons, parce que la
grimpe commence. On arrive au plateau d’Emparis, puis au col du
Souchet, avec une superbe vue sur les Écrins et ses sommets
enneigés. Ça va vite et fort. Simon ferme la marche avec Silas et
moi pendant une bonne partie de la montée et, arrivés en haut, peu
de temps pour un ravitaillement limité, quelques photos, et c’est
reparti.
(Montée sur le plateau d’Emparis - photo :
Luc)
(Vue depuis le col du Souchet)
Une longue descente ensuite sur la Grave, environ 900m de
dénivelé, lourde sur la fin, avec ses lacets interminables et ses
pancartes interdisant de les couper. On s’y regroupe et on termine
la journée par 3 km de montée jusqu’à l’hôtel. On y arrive vers
13h, c’est tôt ! J’en profite pour déjeuner le sandwich que je
n’ai pas trouvé le temps de manger en route. Mais si cette
première journée n’a pas été longue, elle a été intense ! Je sens
que certains sont déçus de ne pas avoir suivi la variante plus
longue... La pluie annoncée arrive finalement, mais plus tard que
prévu.
Jour 2 - De Villar-d'Arêne à Vallouise-Pelvoux
Au programme pour ce deuxième jour, 10 km de plus que la veille,
2 montées et 2 descentes avec 2 beaux cols, et la promesse d’une
tarte aux choux entre les deux. Un peu plus de dénivelé que la
veille (1900m positifs et 2300m négatifs), mais rien de
terrifiant. Une autre promesse est aussi faite, de mettre moins
d’intensité que la veille, mais elle est oubliée dès le premier
km, où un sentier bien agréable en sous-bois incite apparemment
l’élite à accélérer. Partis à 8h après un copieux petit déjeuner,
on arrive au col d’Arsine en 2 heures, par une pente très variable
et de beaux paysages. Tout va pour le mieux, il n’y a pas d’autre
endroit où je préfèrerais être à ce moment.
(Col d’Arsine - photo : Silas)
La descente s’amorce et je prends mon pied, ça avance tout seul,
même si quelques randonneurs n’apprécient pas notre rythme. Ça me
renvoie aux sensations de la descente de l’an dernier sur Petra
Piana, aussi très fluide… Et puis je me rappelle ensuite de la fin
de cette fatidique troisième journée sur le GR20, qui s’est avérée
très difficile. Je baisse un peu le rythme, et la fin de la
descente sur Le Monêtier-les-Bains, de moins en moins pentue, se
fait longue. On y arrive quand même peu après 11h, pour découvrir
que la boutique qui vend la tarte aux choux a changé de
propriétaire et l’a retirée du menu, au désarroi de Cédric qui en
rêvait depuis la veille.
On fait le plein d’eau et Simon, Silas et moi repartons avant les
autres, pour prendre un peu d’avance, direction le col des
Grangettes, avec 1100m de dénivelé et une pente croissante. La fin
est technique, il faut y mettre les mains et garder le sang froid
pour certains passages au-dessus du vide, mais ça se fait
finalement bien, en 2 heures de nouveau, et on est récompensés au
sommet par la splendide vue sur le lac de l’Eychauda.
(Lac de l’Eychauda vu depuis le col des
Grangettes)
Il est 14h20 et il n’y a plus qu’à descendre 12 km jusqu’au gîte,
avec quand même 1400m de dénivelé pour couronner cette deuxième
journée. Une rapide pause au lac pour que les plus courageux
prennent un bain revigorant, et on commence la descente, dans un
décor très minéral, ce qui n’est pas mon préféré.
Les pieds commencent à fatiguer et je ne mets pas la pression, il
y a le temps. Tout le monde est devant, sauf Maxime, pas loin
derrière, apparemment au téléphone. Je vois Simon, Silas et Soléa
un peu plus devant et je jauge notre écart, me disant que je vais
probablement les rattraper, même sans accélérer. Mais c’est le
contraire qui se passe, et une douleur sur le dessus du pied
gauche, que j’avais ignorée jusque-là, commence à se faire
ressentir de plus en plus et à remonter sur le tibia. Est-ce que
j’aurais trop serré le lacet ? Je l’ai effectivement serré plus
que d’habitude pour éviter que les doigts ne se cognent contre le
bout de la chaussure, comme j’en ai souffert lors de ma course en
juin…
Je m’arrête plusieurs fois pour refaire les lacets différemment,
sans grosse différence. Le terrain est de moins en moins pentu,
mais je ne cours plus. Je n’ai pas de souci pour la fin de la
journée, il est encore tôt, mais je commence à me poser des
questions sur les 3 jours qu’il reste… Je finis la journée à la
marche, Simon m’attend et se met à mon rythme et ça nous permet de
nous remettre à jour sur divers sujets.
Jour 3 - De Vallouise-Pelvoux à Vallonpierre
Voilà une grosse journée qui s’annonce, avec 2800m de dénivelé
positif sur 38 km, mais, pour mon soulagement après la veille,
“seulement” 1700m de négatif. On sera aussi plus chargés, parce
que nuit au refuge de Vallonpierre, sans accès route, donc sans
option de recharger/décharger à la voiture. Et, après les premiers
15 km, on sera aussi presque en permanence au-dessus de 2000m
d’altitude. Mais ma plus grosse préoccupation, c’est que la
douleur de la veille ne revienne plus fort.
J’improvise un peu sans vrai fondement, je change le nouage de mes
lacets, j’ajoute une couche de gaze dessous pour amoindrir la
tension, et je colle aussi une bande de strap devant et derrière.
Et c’est parti, avec un peu plus de 20 km jusqu’au premier col et
un dénivelé de 1500m en pente croissante. Après un peu de route,
on prend un sentier qui longe longtemps une rivière et on traverse
quelques plaques de neige. La végétation fait peu à peu place aux
cailloux, jusqu’à disparaître complètement. Il nous faudra 4h30
pour atteindre le col de l’Aup Martin, une superbe ascension, la
plus grande que je crois avoir déjà faite.
(photo : Silas)
De l’autre côté, on replonge 900m et j’y vais calmement, avec
appréhension des douleurs de la veille, qui se font sentir, mais
n’augmentent pas. Dans le creux, une pause repas au refuge du Pré
La Chaumette où je fais la découverte des oreilles d’âne. On
repart ensuite pour récupérer les 900m descendus et atteindre le
col de la Valette, le premier des trois becs qui nous séparent de
notre objectif. Le paysage est maintenant très minéral et je
découvre le schiste, dans lequel les zigzags du sentier sont
tracés. Ça s’effrite un peu sous les pieds, mais ce n’est pas
instable, qui l’eût cru ? Et c’est surtout bien plus facile que la
caillasse du GR20 !
(descente du col de la Valette - photo : Luc)
Après ces 3 petits cols lunaires, qui demandent un bel exercice
de patience, il n’y a plus que la descente vers Vallonpierre. Les
pieds se plaignent un peu, mais les craintes de la veille de
peut-être devoir interrompre l’aventure se sont dissipées. Je
termine la descente sans me presser, et je découvre le charme de
ce refuge au bord du lac du même nom qui reflète à la lumière
orangée du soleil couchant les sommets encore partiellement
enneigés qui veillent sur lui.
(photo : Marylène)
Jour 4 - De Vallonpierre au Désert en Valjouffrey
Pour cette quatrième journée, les cousins ont un plan audacieux,
avec plus de 3000m de dénivelé sur 40km, qui démarre par une
ascension à partir de Vallonpierre et s’aventure sur des sentiers
plus ou moins balisés, c’est du moins ce que je retiens de la
conversation de la veille avec le propriétaire du refuge.
Indépendamment de cela, j’avais déjà décidé de suivre la trace
plus facile par le “fond de vallée”, avec une distance similaire,
mais 1300m de dénivelé de moins. Je commence donc la descente
tranquillement accompagné de Marylène (qui a grimpé à Vallonpierre
la veille), avec Pierre et Julien qui papotent pas loin derrière
et ont apparemment abandonné le rythme soutenu des jours d’avant,
puisque leur mission de 3 jours est accomplie.
Après 3 km, je me rappelle que j’en ai encore 35 à parcourir, je
dis au revoir et je presse un peu le pas. Le fond de vallée
méprisé par les cousins est finalement très agréable, vert,
souvent ombragé et longeant une rivière, tout au moins jusqu’à la
Chapelle-en-Valgaudémar.
Les 5 km suivants jusqu'à Villar-Loubière, principalement sur
route, sont bien moins plaisants. C’est sur ce morceau que “les
filles” me passent avec la voiture, qu’elles ont récupérée après
avoir franchi le col au-dessus de Vallonpierre avec le reste de la
troupe. Je ferai la deuxième partie du trajet avec Stéphanie et
Valentine, pendant que Soléa conduira la voiture jusqu’au gîte du
soir. Il n’y a qu’un col à passer, mais imposant avec ses 1400m
d’ascension continue.
On y va fermement, mais sans exagérer le rythme. Il fait chaud...
Je commence à être un peu écoeuré par le goût de l’eau de mon
réservoir, dans lequel j’ai versé plusieurs poudres ces derniers
jours. Je fais la vidange à l’Abri des Souffles, mais sans grand
résultat. Le terrain ne pose pas de difficulté, mais l’ascension
est longue. On finit par atteindre le col de la Vaurze près de
16h.
Une pause pour se ravitailler et contempler la vue et le terrain
conquis, et on s’engage sur l’autre versant, 1200m de dénivelé
négatif sur 5 km, donc assez raide, et on voit déjà depuis le col
le village du Désert en Valjouffrey. On a l’impression qu'il n'y a
qu’à plonger ! Mais la descente sera longue, et le village qui
paraissait si près non seulement ne se rapproche pas, mais
disparaît derrière un versant. Mais on n’a pas besoin de se
presser et, d’après les messages WhatsApp, le gros de la troupe
est encore assez loin derrière.
(photo : Valentine)
Arrivés, on a le temps de s’installer et de prendre une bonne
douche avant le dîner. Les 6 guerriers du 3200m D+ arrivent juste
au moment où le plat chaud est servi. Ils ont l’air bien fatigués
et ont bien accéléré sur la fin pour ne pas perdre le dîner. Et je
suis bien content d’avoir découvert le fond de vallée !
Jour 5 - Du Désert en Valjouffrey aux Deux Alpes
C’est le dernier jour. Une aventure qui me paraissait incertaine
à la fin du 2ème jour et parfois interminable semble tout à coup
trop courte… Ce sera une journée pour se faire plaisir, sans
lendemain. Au programme, “seulement” 27km, mais quand même 2800m
de D+. Deux beaux cols et, pour finir, la montée sur les Deux
Alpes.
On gravit assez vite les 1000m jusqu’au col de Côte Belle, pour
découvrir de l’autre côté un paysage surprenant,
semi-apocalyptique, qui rappelle les cristaux de glace de l’antre
de Superman.
(photo : Simon)
En face, on voit déjà le col de la Muzelle, qui sera notre
dernier grand obstacle. Il est à peine 300m plus haut, mais on
devra descendre 800m avant de l’attaquer depuis la base.
(photo : Luc)
Comme d’habitude, comme je suis le plus lent en descente, je pars
en premier, mais cette fois-ci les cousins s’adaptent à ma
vitesse. Arrivés dans le creux à à peine 10h, on fait le plein
d’eau et on attaque la montée.
Elle est impressionnante, mais elle ne fait pas peur. Ce n’est
plus une question d’effort, seulement une question de temps pour
atteindre le col. Il fait chaud sur la fin, avec les cailloux qui
reflètent les rayons du soleil, puis tout à coup froid quand le
vent nous frappe au sommet.
Il est 11h30. De l’autre côté, en contrebas de 500m et de quelques
glissades/chutes sur un gros bloc de neige, encore un beau lac
d’un bleu Instagram avec la promesse d’une bonne assiette.
(Une belle omelette aux lardons au bord du
lac de la Muzelle)
Sur la dernière longue descente, je ferme cette fois-ci la marche
avec Maxime et Silas et découvre en arrivant à Venosc que les
autres ont tout donné sur le trajet.
(photo : Cédric)
Il ne reste plus qu’à grimper jusqu’aux Deux Alpes. Il fait très
chaud et les remontées mécaniques sous lesquelles on serpente font
un peu envie, mais la satisfaction d’avoir terminé la boucle est
plus forte. Il est à peine 15h30 quand nous arrivons, ce qui nous
laisse le temps de déguster une coupe glacée bien méritée. Et,
comme pour ponctuer la fin de l’aventure qui a bénéficié d’un très
beau temps, un orage éclate peu après.
Et la boucle est bouclée ! Deuxième année pour cette superbe aventure
en famille de nouveau très réussie, organisation impeccable, parcours
difficile mais pas extrême, paysages spectaculaires, terrain varié
(avec bien moins de cailloux que sur le GR20 !), et aussi la
voiture-balai qui a été d’une grande aide.