La Fortiche de Luc
Nous avions décidé, sous l'impulsion de Nico, de nous inscrire à cette
course hors norme. Je dis nous, car nous sommes trois ce samedi matin,
à nous réveiller à 3 heures du matin pour manger du gâteau Maxim
(Patrick) et différents aliments qui, pensons-nous, nous tiendrons au
ventre. Les trois andouilles à frontales sont par ordre décroissant de
taille : Patrick, Nicolas et Luc.
Vous aurez dans un premier temps la version de Luc (moi-même) et par
la suite celles des collègues.
Réveil donc à 3 h du matin pour être prêt au départ à 5 h, il faut
préparer le sac de la mi-course et le confier à l'organisation pour
l'avoir à Avrieux. J'ai passé une bonne partie de nuit( 21 h - 3
heures) et la préparation du départ se fait en dégustant du gâteau de
riz et en contemplant les autres concurrents. Il y a le vainqueur de
2001, Jens Lukas et plein de gars affûtés.
L'organisateur nous parle mais j'ai du mal à l'écouter, je préfère
rigoler avec Nico alors que Patrick se concentre seul. Le départ est
donné à 5 heures tapante et les 164 inscrits s'élancent.
Nous partons ensemble lentement en trottinant à la lueur de la
frontale. Déjà, il me semble en écoutant le souffle de certains, que
leur rythme n'est pas le bon, enfin chacun ses stratégies et chacun
son souffle !
Très vite, il faut éteindre les frontales, les ranger dans le sac et
avancer. C'est à l'occasion d'une pause naturelle de Nico que le
groupe de 3 se scinde. Je suis devant, sans avoir accéléré, je suis
des concurrents qui ont sensiblement le même rythme que moi et je suis
persuadé que Nico et Patrick me remonteront bientôt. Dans les
dernières pentes du premier col, je me retourne et ne reconnais aucun
des deux coureurs.
Je passe ce premier col en 2 h 11, en pleine forme mais un peu
frigorifié par le vent très frais ce matin. La descente sur Valloire
est longue mais rapidement faite. Je bois et mange à chaque
ravitaillement ce qui fait qu'avec mon Camelback et les barres que
j'emporte, je ne manque de rien.
Déjà, les concurrents sont éparpillés sur une sacrée distance et je
passe des dizaines de minutes sans voir personne. Valmeinier est vite
atteint et les pentes remontant vers le ravitaillement 2 sont raides.
A ce ravitaillement, il y a déjà beaucoup de coureurs arrêtés, perso,
je remplis ma poche, prends une banane et repars.
La signalisation n'est plus présente, nous remontons, un groupe
d'allemands et moi des pistes raides. La signalisation réapparaît et
nous envoie sur un sentier vers le col des Marches. C'est dans ce col
que je vais passer un des deux plus mauvais moments de la course. Un
coup de barre atroce dans les pentes terminales du col, heureusement
le panorama donne des alibis aux arrêts pour respirer moins vite.
Au col, il y a un ravitaillement où je bois deux verres de Pepsi pour
conjurer ce coup de barre. Un coureur arrivé en même temps que moi
fait une hypo et se couche au col à 2725 m.
J'attaque la descente au bout de 6 h 05 de course, RAS, cela me
convient, je rattrape du monde et passe au ravitaillement. Un bénévole
me dit que c'est le 45 ième kilomètre, je n'en reviens pas : déjà !
La crête des Bataillères(2804m) est longue à atteindre mais je suis
beaucoup moins mal que dans le col précédent. Je passe en 7 h 47 à la
54 ième place. C'est maintenant de la descente sur 15 km, sur les
premiers kilomètres je rattrape 5 concurrents, je suis tout content
car c'est facile, je suis bien.
Jusqu'à Fourneaux, je doublerai 16 coureurs, de Fourneaux à Avrieux 5
supplémentaires. J'arrive au kilomètre 75 en 10 h 29.
Là le médecin me file la trouille car j'ai perdu 2,8 kg, heureusement
ma glycémie est à 1,15, il me laisse repartir. Je m'arrête 51 minutes
pour manger, boire, changer de chaussettes et souffler. Je prends mon
walkman, mon courage à deux mains et repars pour la deuxième partie de
parcours.
Je suis arrivé 32 ième à Avrieux, je suis très content de cette place
et j'aimerais la garder jusqu'à la fin. Jusqu'à Bramans, je
m'économise car le Mont Froid (+ 1600m ) fait peur. De toutes façons,
je suis fatigué donc ne fais pas le malin et assure ! Je passe à
Bramans et entends mon prénom, c'est un ami d'école que je n'avais pas
vu depuis 16 ans qui m'appelle, il est journaliste et couvre la course
pour son journal. Nous discutons 5 minutes puis je repars.
Je repars vers le deuxième mauvais moment de la course : entre 1800 m
et 2000 m, je fais une hypoglycémie qui me scotche dans la montée, je
me traîne à + 500 m heure. Heureusement, au Jeu, à la mi-montée, un
ravitaillement me sauve car il y a une boîte de rillettes de saumon
qui traîne. Je me fais un sandwich et repars laissant 2 coureurs. Le
gars du ravito me dit que je suis 25 ième, le temps de comprendre ce
qu'il me dit, je suis loin et me dis que soit j'ai mal compris soit il
ne sait pas compter.
En fait, plus de 10 gars devant moi ont abandonné et sont redescendus.
Je progresse donc de 10 places !!
Les rillettes de saumon me sauvent, il me fallait du salé. La fin du
Mont Froid est raide, le soleil commence à descendre, la journée est
passée à une vitesse incroyable.
Je passe au sommet en 15 h 38. Dans la descente, je double le plus
jeune coureur(19ans) enroulé dans sa couverture de survie, il a pris
un coup de froid au Mont Froid. Aux ravitaillements, je ne demande
plus que du salé, mais ils n'ont que du sucré, dur !
C'est dommage car les bénévoles sont adorables. Sous la tente à 2420
m, les 5 gars que j'avais en point de mire dans la montée sont là.
Quatre sont couchés ! et un seul repart devant moi. Un rapide calcul,
je suis 21 ième, c'est un rêve !
Je double celui qui vient juste de partir, ainsi qu'un anglais scotché
dans le col des Randouillards. Je passe avec le premier doublé au col
en 16 h 58, nous finirons la course ensemble car nos rythmes sont
identiques. Nous doublons encore un père et son fils qui veulent finir
en moins de 24 heures.
Au ravito du fort, on me donne un merguez, le bonheur ! Le pas de la
Beccia est atteint en 18 h 17 (le premier est déjà arrivé !), il nous
reste 20 km. A Savalin, mon collègue d'école m'encourage et nous dit
que nous sommes dans les 20 premiers.
La montée du Malamot en suivant les bâtons lumineux est un grand
moment de fatigue, mais nous passons en 21 h au sommet. La descente
sur le barrage se fera en marchant vite et l'arrivée, après une
dernière montée au fort de Ronce, se fera 23 h 29 après le départ.
Nous sommes, le collègue et moi, 19 ième. Je suis crevé, on discute un
peu puis je vais dormir une demi-heure. j'attends, hagard, où sont
Nico et Patrick, le temps se gâte. Cela fait 2 heures que je suis
arrivé et il pleut, il fait froid.
Nico arrive en 26 h 23 et Patrick en 29 h 10. A eux de raconter leur
course.
La Fortiche de Nico
L'avant course
Se la mettre en tête un an avant, c'est pas du luxe, cela étant tout,
miser là-dessus est risqué, donc j'ai fait un début de saison en me
faisant plaisir sans souci d'économie.
Fin juin, j'avais 8 courses dans les jambes, dont 4 au-delà des 37 km.
Une inflammation du tendon rotulien lié à un problème de cartilage a
failli tout mettre en l'air.
Par manque de temps, il fallait privilégier la qualité. Je suis allé 2
fois 3 jours aux Ménuires pour courir au-delà de 2000m. C'est
indispensable !!!
la tension monte...
La veille du départ, dans la salle de l'organisation, c'est la montée
d'adrénaline avec les photos de la course 2001 et les commentaires
glacés des concurrents de l'année d'avant.
la course
Départ tout doucement, la difficulté étant de trouver le rythme sur
une course pareille !!!
Courir à 5km heure signifie 23h de course, à 5.5 km heure on est à
21h, le gain est énorme et ça ne fait que 8 mètres de plus à la minute
!! Je me suis arrêté 2 fois dans la première heure pour "convenances
personnelles" dirons-nous, le résultat est que je n'ai plus revu Luc,
mon cousin, avec qui j' avais prévu de courir (il finira avec presque
3 h d'avance !!!).
Les sensations étaient bonnes, le mental un peu moins. Je me disais
que c'était interminable. A cette allure, les kms défilent vraiment
doucement. Ce n'est qu’à partir de l'approche de Modane(km 70) que je
suis vraiment rentré dans la course.
Le fait d'arriver là déjà est un petit exploit, on sait que beaucoup
ne vont pas repartir et bizarrement moi ça me motive !!
Je crois qu'il faut éviter de manger des pâtes à ce stade de la course
car l'organisme ne peut pas les assimiler pour les "resservir "
pendant la nuit. Cependant, il faut du salé, pour changer et pour
éviter les crampes. La montée du mont froid mérite d'être reconnue :
20 jours avant la course est l'idéal.
C'est un monstre!!
Il faut près de 4 h.
Je monte bien et je sais que je reprends du temps à Luc mais 30
minutes avant le sommet, la nuit tombant, j'attrape une hypo. La suite
est un long calvaire. Je n'arrive plus à m'alimenter, les heures
défilent, les difficultés ne me laissent que peu de répit et à Savalin
au km 105 c'est le doute.
20, 30 minutes à se demander si je continue ou pas. Je dors à moitié
et entends l'assistance dire: "il ne repartira pas, il mange pas".
J'ai mangé et bu un bouillon salvateur et je suis reparti en compagnie
d'un italien pour la montée de Malamot. Tout droit dans la pente sur
900 mètres!!! La montée est hachée de nombreuses poses mais on avance.
La descente est longue mais la récompense ne fait plus aucun doute
malgré la pluie sur la dernière demi-heure.
26 heures 23 minutes, 36ième après être passé 50ième au km 80.
J 'ai le 28ième temps du 2ième tronçon .
J' y retourne l'année prochaine.
L'après course
Un état de bien être les jours suivants m'a poussé à m'inscrire au
trail des Mélèzes sur 45 km avec 2400m de dénivelé, 15 jours après la
fortiche. J'y ai retrouvé l'italien Simone qui préparait le triathlon
C d'embrun!!! Il m'a mis 10 minutes en finissant 10ième et moi 16ième
avec de très bonnes sensations!